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Discussion avec Eiffel !

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A quelques jours de la sortie du nouvel album du groupe, Eiffel a gentiment accepté de répondre à quelques-unes de nos questions…

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   1. 18 ans d’existence pour Eiffel. Impressionnant ! Qu’est-ce que ça vous fait ? Vous vous attendiez à ça au moment de sa création ?

Bonjour ! Non pas du tout. Nous ne pensions à rien de précis… Comme en ce moment même en ce qui concerne notre avenir : nous sommes dans le présent. Cette histoire est avant tout importante pour nous, on sait ne rien n’avoir à gagner, on ne veut pas cartonner ou ce genre de choses, on fait juste tout pour être bien avec notre musique, nos textes et dans nos baskets à l’instant T. Demain est une autre paire de manches ! Ah !

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   2. Quel bilan tireriez-vous de ces 18 années d’existence ? Des choses que vous ne referiez pas ? A l’inverse d’autres que vous referiez forcément ?

 Je pense qu’il est encore trop tôt pour d’hâtives conclusions mais il semblerait qu’en termes de nos compromis artistiques ainsi que Business, nous n’ayons pas trop raté nôtre coup… En termes de notoriété et d’image, ayant mis cela très vite de côté au début de notre carrière niveau cible, certains diront que nous nous sommes perdus mais au contraire, nous avons l’impression d’être à la place que nous voulions occuper : en marge, hors « petits groupes » mainstream, hors de la pauvre boiboite « Rock Français » et très bien ensemble ainsi qu’avec nos chansons. Nous referions tout à l’identique hormis le fait de « croire » (au début de notre carrière) que les maisons de disques étaient là pour l’art (nous étions naïfs). Aussi nous ne mettrions pas tous les œufs dans le même panier ne serions pas autant émotifs. Je dois être honnête aussi…je considère certaines chansons comme pas bonnes du tout.

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   3. Vous avez tous eu des projets à côté, comment on revient à Eiffel après tout ça ?

On se dit que l’on ne revient pas à Eiffel mais qu’Eiffel revient à nous comme un ami… « un de nos amis » plus précisément… Depuis 2009, tout en sachant que nous sommes bien ensemble, nous savons qu’Eiffel occupe une place parmi d’autres… en tout cas, pour moi, c’est le cas, c’est juste un de mes projets… Ce n’est pas central, c’est juste là comme un mode d’expression utilisé comme d’autres. On a beaucoup de plaisir à être ensemble, et nous savons qu’il y a du « vis à vis », des fans hardcores, des gens qui nous découvrent etc…. Alors c’est une fête, une célébration… même si le dernier album contient des morceaux de tristesse infinie. Je crois que nous sommes hors temps.

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   4. Vous sortez un nouvel album toujours très rock, porteur de messages. Cet album est très fidèle à ce que vous avez toujours été, à cet ADN rock d’Eiffel. Mais en 2019, le rock, c’est quoi pour Eiffel ?

 Je ne suis pas sûr qu’Eiffel est jamais été un groupe de rock. Nous écoutons et jouons par ailleurs bien d’autres musiques. S’il y a un ADN à Eiffel ce serait plutôt pour moi l’ ADN d’une « certaines tension-urgence » plutôt que de l’idée du rock. Il y a aussi une forme de tendresse, d’humour, de désespoir qui ne s’apparente pas à l’idée d’un jeune Bobo en cuir en train de donner un coup de pied dans la poubelle en disant zut à Papa via instagram. La « tension-urgence » dont je parle, pour moi n’est pas liée à l’idée du rock qui a fini par certains endroits à être une idée « petite-bourgeoise ». Oui, en 2019, je ne sais pas ce que c’est que le rock. Je crois que cela ne veut plus rien dire depuis longtemps… Par contre, épique, frais, tendre, arrogant, pataphysique, farceur, violent (en son et propos) s’il le faut, lumineux et sensuel…ça, ça aurait tendance à nous brancher. Ça peut passer par les guitares électriques tout autant qu’une viole de gambe une boom machine et une scie musicale… on est justement en 2019…. Stupor machine comporte des tensions électriques certes, mais je pense que si l’on écoute Gravelines, Chasse Spleen, Hotel Borgne et quelques autres on n’est pas en mesure d’imaginer qu’il s’agit du groupe qui joue aussi Sombre et Bigger than the biggest… C’est ce que nous cherchons : L’ouragan, et le Petit Prince…

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   5. C’est important pour vous d’avoir des messages à transmettre ? D’essayer de fédérer ?

Non pas du tout. Nous en sommes incapables et ce n’est pas notre job. Notre job pourrait juste dans ce domaine consister à allumer une mèche émotionnelle… Sommes musiciens pas plus. S’engager en idée, c’est tôt ou tard se gourer et se laisser corrompre… Les plus beaux engagements sont les engagements physiques et manuels. Construire une école en Afrique, filer un sandwich à une personne affamée, valoriser un gamin en lui disant « c’est chouette ce que tu as fait » sont pour moi, par exemple, l’idée d’un engagement épais…le reste… je ne sais pas ….

   6. Stupor Machine est assez sombre. Vous avez peur de l’avenir ?

Oui. Il s’agit d’un mélange de désespoir mêlé à encore un peu de colère…. Je ne savais pas quand j’avais quatorze ans que j’entendrais tant d’inepties chaque jour, je ne savais pas non plus qu’il ne resterait que si peu de rêves pour la génération de ma fille, je ne savais pas qu’un peuple était capable de moutonner autant, d’accepter d’appartenir de près ou de loin à un algorithme, je ne savais pas que la culture se résumerait à un Pass… Ce genre de choses…. C’est effarant. Et l’idée de mettre cette peur sur un album comme nous venons de le faire est effrayante aussi… Soit ça passe, soit ça casse… et dans les deux cas, ce n’est pas bon. Ce que j’ai en filigrane voulu en écrivant ces textes, c’est provoquer une réaction, dans le sens de « faire venir les voix » …être rassuré par quiconque. Je l’ai aussi écrit en me libérant totalement de l’idée que ça puisse plaire ou non, juste que ça touche… Et ce en imaginant que cela pouvait aussi être le dernier Eiffel. Ou pas…

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    7. D’ailleurs, l’avenir d’Eiffel, vous y pensez ?

Pas du tout. L’avenir d’Estelle Humeau, Nicolas Courret et Nicolas Bonnière m’importe beaucoup plus. Comme je vous le disais, il n’y a aucun plan sur la comète. Quant à moi, je sais juste que j’ai une soixantaine de nouvelles chansons d’écrites et qu’elles feront l’objet d’albums….

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   8. Dans Stupor Machine il y a aussi de la place pour l’amour. Comme une lumière dans un univers plutôt obscur. L’amour peut-il guérir/sauver pour vous ?

 Oui : et c’est le plus important à nos yeux. Passer la peur et la pudeur de dire « Je t’aime » et une fois ces mots prononcés, ça va beaucoup mieux… Ah ! Il s’agit d’un monde : Aimer.  Encore plus si l’on considère l’espèce humaine comme un des « détails vivants » parmi d’autres sur cette planète. Il me semble bon d’aimer le Tigre du Bengale et la Jacinthe d’eau au même titre que sa chérie, ses parents, un chêne ou un Poisson clown. L’épigénétisme m’intéresse depuis quelques temps, et je me demande si je ne suis pas en admiration devant les plus infimes particules qui constituent la vie…

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   9. On vous a vu sur scène en décembre 2010 à Châteaudun, et on avait adoré votre énergie ! Vous prévoyez une tournée avec Stupor Machine ? Vous envisagez de passer en Région Centre ?

C’est plus que capital à nos yeux de passer par chez vous et partout en France. Dans les bleds autant que dans les grandes villes. Alors, plus que probable que nous venions jouer pour vous chez vous. Il faut juste savoir que « jouer » devient de plus en plus difficile et ce, rapport à la vision qu’ont nos gouvernements successifs de la culture d’un côté, et de l’autre l’omniprésence des puissants sur les gros Festivals. Nous sommes dans un pays ou le foot est épaulé par le Qatar et les festivals de rock par des mafieux ou des vendeurs d’armes.

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   10.Vous appréhendez les retours du public et de la critique sur cette nouvelle production ? Un sixième album, ce n’est pas rien !

Ce serait mentir que de dire non, il y a un peu d’appréhension. Mais il y a en a à chaque fois.… Pour moi, un sixième album d’Eiffel, c’est absolument que dalle, j’en ai fait aussi quatre en solo. Mais tout est devant, je n’ai encore rien fait du tout.

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   11. Question plaisir : vous écoutez quoi en ce moment ?

Là, juste en ce moment : « Merrie Land » de The Good the bad and the Queen.

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Merci Eiffel !

Merci à vous !

Stupor Machine, le nouvel album du groupe, sera disponible le 26 avril !

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www.facebook.com/EiffelMusique

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Actuellement chargée de communication, je me passionne pour la musique, son histoire, son évolution. Je cours les concerts et je chine les vieux vinyles. Je passe des heures à découvrir de nouveaux sons et à partager ces découvertes.

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