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Hop Pop Hop 2019 : Rencontre avec Thé Vanille

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A l’occasion du festival Hop Pop Hop, nous avons eu la chance d’échanger avec Thé Vanille. Issu de la scène tourangelle, le groupe a su créer un univers original à la fois énergique, sans prise de tête et plutôt addictif ! Rencontre avec ce groupe plein de sympathie, qui sort des sentiers battus.

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> Vous avez sorti votre EP Motel Vanilla en 2017, avec un univers que vous avez totalement construit tout autour, une véritable histoire… Qu’est-ce qui vous a inspiré ? D’où vous est venue cette idée ?

Théo : On s’ennuyait. Du coup on se racontait plein d’histoires pour sortir de nos vies classiques et banales d’êtres humains. On s’est inventés des personnages, comme des grands enfants.

Valentin : Puis ça nous a aidés à composer, tout simplement. On s’est retrouvés, on a fait de la musique mais la musique c’est une histoire et il fallait qu’on parte d’histoires même si au début on s’était dit qu’on n’allait pas faire ça. Mais c’était plus fort que nous et on a commencé à se raconter des histoires absurdes. Je pense que c’est ça qui nous a motivés à le faire, autour d’une table de petit-déjeuner.

Théo : Puis pour les clips aussi. Ça a stimulé la créativité en fait. Ça nous a aidés à créer.

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> Depuis vous avez sorti In Pillows, un EP unplugged, cette année. Pourquoi avoir choisi de faire un EP acoustique ?

Nastasia : Il y a eu plusieurs raisons. La première c’est que l’EP électrique allait prendre du temps donc on avait envie de sortir quelque chose entre notre prochaine sortie, et Motel Vanilla. Puis c’est aussi une autre facette qu’on propose en live. On propose aussi une formule acoustique. Parce que cette formule nous permet aussi de prendre plus le temps de voir les morceaux différemment, de raconter les histoires…

Théo : On avait ce besoin de créer, d’enregistrer quelque chose et comme Nastasia l’a dit on savait que l’électrique allait prendre du temps et on passe beaucoup de temps sur ce projet donc il y avait aussi l’envie de faire un petit cadeau aux gens qui nous écoutent, se faire plaisir et faire plaisir aux gens pour faire patienter un peu en attendant le deuxième EP qui sortira très bientôt.

Valentin : Puis c’était un bon exercice qui nous entraine pour la suite. On a fait notre premier EP sans notre ingé son, Pierre, avec qui on travaille en ce moment, donc on a monté cette formule acoustique pour pouvoir faire d’autres choses que de l’électrique et on avait envie d’avoir une trace de cet acoustique. On a réservé un Airbnb sur une tournée en Auvergne, dans la montagne, et l’idée c’était de jouer avec les sonorités, avec les pièces et on a pu s’entraîner à enregistrer avec Pierre et maintenant on continue de travailler avec lui de cette façon-là.

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> Vous allez donc sortir un nouvel EP. Pourquoi choisir de faire un nouvel EP et pas de sortir un album ? Travaillez-vous toujours en auto-production ?

Valentin : On a commencé à travailler avec un directeur artistique sur cet EP, qui est Dan Lévy. Des choix ont été pris par plein de gens autour de nous et la forme de l’EP semblait intéressante dans un but de faire quelque chose de léger, simple, rapide. Et puis c’est aussi une histoire d’argent parce que travailler avec tous ces gens-là coûte de l’argent et du coup sur un EP ça coûte moins d’argent.

Nastasia : C’est une sorte de tremplin pour la suite. Il va aussi être dans une esthétique un peu différente du premier EP et comme on a tendance à explorer plein de facettes musicales, cela va être une autre facette de Thé Vanille. En effet, comme le disaient les garçons, six titres semblaient être suffisants. On est aussi en train de travailler plein de nouvelles choses pour la suite donc je pense que cet EP sera le tremplin vers un potentiel album. Sous quelle forme ? On verra. Mais en tous cas, c’est un tremplin.

Théo : Puis comme tu l’as dit, c’est toujours de l’auto-production donc c’est une nouvelle carte de visite aussi, pour éventuellement trouver de nouveaux partenaires et prendre le temps de bien faire les choses pour un éventuel album.

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> L’auto-production, c’est toujours un choix que vous faites ? Si vous étiez démarchés par un label, que feriez-vous ?

Valentin : Là ce n’était pas vraiment un choix.

Nastasia : Puis ce n’est pas entièrement auto-produit.

Valentin : C’est semi auto-produit.

Nastasia : En fait notre tourneur Uni-T nous a aidés financièrement par rapport au travail qu’on a fait avec Dan Lévy, le studio etc. Cela s’est terminé en auto-production parce que les choses se sont faites d’une certaine manière. Évidemment nous sommes ouverts à des partenariats, c’est ce qu’on cherche. Je pense que n’importe quel groupe cherche à être aidé par un label. Mais un label qui lui correspond et qui a compris l’esthétique du projet, qui veut l’emmener au même endroit que l’artiste. Cet EP il va servir à cela aussi, à essayer de « draguer » un peu les labels. Puis c’est aussi pour cette raison qu’on travaille sur des maquettes, pour la suite. Il faut toujours anticiper l’année qui va suivre, voire les deux années, pour justement trouver les bons partenaires.

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> Et par quels labels seriez-vous attirés ?

Valentin : C’est compliqué en vrai. Avec l’esthétique de Thé Vanille, nous avons toujours du mal à trouver un label pour lequel on se dit « ah ça c’est notre maison, esthétiquement c’est évident ». On n’a pas trouvé pour l’instant. Nous avons quand même rencontré beaucoup de gens et là on est en discussion avec différents partenaires et je pense que le choix est justement de chercher une maison dans laquelle on va peut-être nous apporter des choses que nous n’avons pas. Il y a eu des premières discussions avec Tôt ou Tard, après il y en aura d’autres avec PIAS, 3ème Bureau et peut-être quelque chose qui nous correspond peut-être un peu plus sur l’EP qu’on a fait : Deaf Rock Records.

Nastasia : Mais tout ça, pour l’instant, ce sont des discussions.

Théo : On se rencontre, on discute, ils attendent la suite, nous aussi et c’est cool. En vrai il n’y a pas de pression donc c’est chouette.

Valentin : Puis il y a des artistes dans ces maisons qui nous intéressent, ce n’est pas non plus juste le hasard. Il y a des choses qui nous plaisent.

Théo : Ça nous parle. On se voit davantage signer chez des gens comme eux que sur une grosse major.

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> Justement en termes d’esthétique, vous avez quand même un style et un univers singuliers. Aujourd’hui on dit que les musiques « urbaines » sont davantage à la mode. Est-ce que vous ressentez une difficulté à porter, à assumer votre style ?

Valentin : Non mais on va se mettre à faire de la trap, il n’y a pas de souci.

Nastasia : L’album va être un truc complètement R’n’B, rap et trap, en français et c’est Théo qui va chanter.

Valentin : Non, en fait ça nous vient naturellement. On ne s’est jamais dit « on va faire ça, ce morceau il va être comme-ci, comme ça ». A la base on fait partie de ces artistes qui sont des musiciens, donc le processus de création c’est avant tout se faire plaisir. Après évidemment on fait aussi de la musique pour le live, pour aller trouver des gens, partager avec le public mais nous avons aussi envie de remettre au goût du jour l’aspect groupe avec des instruments sur scène.

Nastasia : Je pense qu’il y a aussi, mine de rien, beaucoup de groupes qui font du rock. C’est juste qu’ils ne sont pas mis en avant dans les médias. Mais tu te rends compte en faisant des concerts qu’il y en a beaucoup. Mais les gens n’écoutent pas forcément ça sur Spotify. Je pense que tu as plutôt tendance à écouter du rap ou du français que tu as envie de chanter, Aya Nakamura, en soirée, tout ça, du rock… Ça dépend des milieux je suppose, ça se discute.

Théo : Mais non le rock n’est pas mort.

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A la base vous êtes issus de projets différents. Comment avez vous eu l’idée de créer Thé Vanille et est-ce que vous avez mis de côté vos projets annexes pour vous consacrer à Thé Vanille ?

Valentin : Le début du projet est vraiment venu, pour tous les trois, de l’envie de faire de la scène, du live et de faire une musique légère dans laquelle on ne se prend pas la tête. Dès le début c’est ce qu’on s’est dit mais on a fait complètement l’inverse…

Nastasia : C’est clair !

Valentin : Mais il y avait quelque chose d’assez naturel, il y avait une sorte de courant, on s’est pris dedans tous les trois et on a suivi ce courant-là. Évidemment, en trois ans, il se passe plein de choses. On a fait beaucoup de dates. Il y a eu tout ce truc de partenaires, d’agents rencontrés, les temporalités que l’on maîtrise au début et que l’on ne maîtrise plus du tout maintenant… Il y a plein de choses comme ça qui se passe. Tous les trois nous faisons des choses différentes à côté, on les gère différemment, mais Thé Vanille reste notre projet principal, dans lequel on investit pour nos carrières, pour nos vies, parce que c’est un métier, donc on le voit comme cela aussi. On se fait plaisir mais on cherche aussi à en vivre. Parfois ce n’est pas facile d’avoir cette légèreté au début puis que d’un seul coup il y ait des contraintes qui soient aussi liées à la vie. Mais l’objectif pour nous c’est de continuer de faire ça. Pour l’instant nous avons beaucoup de chance car nous avons quand même deux tourneurs. Cela fait deux ans que potentiellement nous sommes intermittents en faisant juste du Thé Vanille, chose qui est quand même très rare dans ce style de musique et dans notre entourage. Pour l’instant tout est bien parti. Il faut que ce prochain EP sorte, qu’il soit bien travaillé et que surtout nous soyons force de propositions pour la suite. Nous espérons pouvoir continuer cela et surtout on aimerait bien ressortir un peu de la France. On l’a fait un peu au début et ça c’est calmé pour permettre de retravailler un peu le terrain de chez nous. Mais c’est vrai qu’on aimerait bien retravailler le fait de sortir de nos sentiers, de sortir de ce truc un peu jalonné de l’escargot français, avec les salles subventionnées, les premières parties et si ça ne prend pas dans les médias, tant pis ciao… Non, il y a plein d’autres endroits dans lesquels nous pouvons jouer. Mais c’est vrai que ce n’est pas forcément facile de tout gérer en même temps. Cela prend du temps et on l’a choisi, c’est notre métier et on est contents je crois.

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> Vous avez été lauréats du dispositif Propul’Son de la Fraca-Ma, est-ce que c’est quelque chose qui a été décisif, un tremplin important dans la carrière de Thé Vanille ?

Valentin : Depuis qu’on a Propul’Son on ne nous regarde plus de la même façon dans la rue, c’est clair (rires) !

Théo : Oui bien sûr. Tout comme la plupart des groupes qui ont accès à ce dispositif. C’est chouette parce que celui-ci nous a permis de rencontrer un partenaire qui est assez important aujourd’hui dans le groupe, Romuald. Il est officieusement notre manageur, parce qu’il n’y a pas eu de contrat de management ou quoique ce soit, mais il nous accompagne depuis la fin de ce dispositif. Le dispositif nous a permis de soutenir des demandes de résidences en Région Centre, à l’Astrolabe, au Temps Machine, puis des futures résidences, potentiellement à Blois. Ça nous a permis de rembourser pas mal d’argent que nous avions avancé pour notre premier EP, entièrement auto-produit, de faire du nouveau merch, de payer notre graphiste. C’est super utile. Puis il y a des concerts aussi…

Nastasia : Cela permet d’être identifié par le réseau.

Théo : On avait fait la première partie de Général Elektriks au Temps Machine, je crois que ça faisait plus ou moins partie du dispositif. Il me semble qu’il y avait une date Temps Machine et une date Terre du Son.

Valentin : On a aussi été accompagnés par le Temps Machine et son dispositif LTM.

Théo : Mais c’était la même année. Et quand tu es Propul’Son normalement tu joues dans la SMAC de ta région. C’est un super dispositif.

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> Vous avez également travaillé sur deux clips avec des lycéens. Est-ce que cette démarche de médiation culturelle est importante pour vous ? Est-ce que vous aimeriez le refaire ? Et comment s’est passée cette rencontre ?

Théo : Oui complètement.

Nastasia : On le referait avec grand plaisir.

Valentin : C’était mon ancien lycée, dans lequel j’ai fait l’option cinéma et j’ai gardé des liens avec le professeur. Cette année il avait envie de faire des clips d’animation et il a pensé à notre musique. Il y a eu une première rencontre pour présenter la musique. On leur a fait écouter six ou sept morceaux et ils en ont choisi deux en votant. Après nous les avons laissé faire, ils ont travaillé avec un intervenant Ciclic. Nous sommes arrivés à la fin pour la projection et nous avons vu le résultat. C’est cool. C’est toujours hyper bien de faire ce genre de choses.

Un grand merci au groupe Thé Vanille d’avoir pris le temps de répondre à nos questions !

Photos © Laure CLARENC pour Can You Hear

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Actuellement chargée de communication, je suis passionnée par les musiques actuelles. J'observe, j'écoute, j'interroge et j'écris.

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