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Interview avec Sophie Rosemont, autrice du livre « Black Power, l’avènement de la pop culture noire américaine » sorti chez GM Éditions

black power couverture

Disponible depuis le 8 octobre en version classique et en version coffret avec CD et DVD, Black Power, l’avènement de la pop culture noire américaine est le nouveau livre de l’autrice Sophie Rosemont, également à l’origine de l’incontournable Girls Rock.

Aussi passionnante que passionnée, Sophie Rosemont a cette impressionnante capacité à saisir et retenir l’attention, aussi bien à travers les pages de ses ouvrages que lors d’une conversation téléphonique. Son nouveau livre Black Power, l’avènement de la pop culture noire américaine offre presque 200 pages d’histoires, de chroniques, d’interviews ; un bouillonnement de rencontres, de faits et de découvertes aussi captivant qu’instructif. Cet ouvrage ne s’intéresse pas uniquement à la musique, il aborde aussi la littérature, le cinéma… le tout accompagné de visuels qui font de sa lecture une véritable plongée au cœur de cette culture à la fois riche, surprenante, fascinante et émouvante. Selon un ordre chronologique bien pensé, qui rend la lecture et la compréhension plus aisées, Black Power rend hommage à la pop culture noire américaine avec intelligence, justesse et élégance.

Dans le cadre de la sortie de ce nouveau livre, Sophie Rosemont a accepté de répondre à quelques questions et nous la remercions chaleureusement.

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   > Votre nouveau livre Black Power, l’avènement de la pop culture noire américaine est sorti il y a quelques jours. Comment vous sentiez-vous à l’approche de la date ?

J’étais un peu sous tension. Il y a toujours un peu d’enthousiasme, de stress, d’excitation, d’attente… On ne sait pas ce que cela va donner et en même temps on a hâte que le livre sorte en librairie. Les premiers retours que nous avons eus du côté de la presse sont très enthousiastes, donc ça fait plaisir. Alors disons que ça va, je me sens à peu près bien !

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   > Est-ce que le contexte actuel ajoute une dose de pression supplémentaire ?

C’est vrai que ce n’était pas du tout prévu. À l’origine, je devais arrêter le livre en 2019 et j’avais quasiment terminé son écriture en mai 2020 mais il y a eu le meurtre de George Floyd et je ne pouvais pas rendre ce livre sans en parler. J’abordais déjà des brutalités et des morts par violences policières mais ce meurtre m’a fait revoir mon livre et rajouter du texte. Et puisque je parlais de 2020, j’avais aussi envie d’ajouter un disque et un livre sortis en 2020. Finalement, j’ai dû revoir mon dernier chapitre. Ça m’a également beaucoup remuée et ça me remue toujours énormément d’apprendre ce genre de fait, c’est pour cela que j’ai choisi ce sujet. Mais je ne m’attendais pas du tout à ce que cela survienne et je me suis demandée si on n’allait pas penser que je suis opportuniste, que je sors un livre après la mort de George Floyd, alors que de nombreuses interviews étaient prêtes depuis longtemps, que je suivais des artistes depuis plusieurs années, qu’il y avait aussi eu la sortie, en janvier, du livret Black is beautiful qui répertorie les grands disques de la musique noire américaine. Il faut beaucoup de temps pour concevoir un livre, surtout celui-ci, riche en images. Le rendu était donc très en amont de la sortie. Finalement je me suis dit que je n’allais pas reculer la sortie d’un livre qui, en temps de pandémie, a été maintenue, alors que ce n’était pas gagné pour la plupart des livres. Mais oui, c’est un drôle de contexte et c’est la première fois que je n’ai aucune séance de dédicaces prévue. Je fais de la promo en télévision, en radio, mais nous restons très prudents en ce qui concerne les rassemblements. J’espère que la situation va se dégager et que je pourrai bientôt faire une dédicace pour rencontrer les lecteurs et les lectrices. Les choses sont très différentes en comparaison avec la sortie de Girls Rock. Il est vrai que le sujet de mon nouveau livre prend aux tripes, d’autant plus dans un monde qui est, en ce moment, complètement hallucinant. Les noirs américains ont fait partie des populations les plus touchées par la pandémie aux États-Unis, donc oui ça remue.

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   > Qu’est-ce qui a motivé l’idée et l’envie d’écrire sur la pop culture noire américaine, juste après avoir parlé des femmes dans le rock ?

Il y a une passerelle entre les deux. J’ouvre Girls Rock avec Sister Rosetta Tharpe qui, pour moi, est une grande oubliée de l’histoire du rock et de la musique. Elle est la première rockeuse, elle était aussi une femme noire, ayant vécu la ségrégation et qui a sans doute été reléguée aux oubliettes parce qu’elle était femme, noire et pauvre. À l’époque cela m’avait énormément choquée. Elle a été intronisée au Rock and Roll Hall of Fame en 2018, ce qui est très tardif. Beaucoup d’autres ont été intronisés pour avoir fait beaucoup moins qu’elle. Tout le monde s’en est inspiré et elle n’a été reconnue que tardivement. Dans Girls Rock j’ai aussi parlé de femmes noires assez peu connues comme Gladys Bentley, Ma Rainey… plusieurs icônes qui me semblaient importantes. Et il est vrai que le rock’n’roll est, soit disant, masculin dans ce qu’il a de plus connu et également majoritairement blanc. De plus, j’ai écouté très tôt de la soul et mon père est un grand amateur de soul mais surtout de blues ; musique à laquelle je n’ai pas adhéré et pendant qu’il me saoulait (rire) avec ses disques de blues moi je préférais écouter les Doors, que j’aime toujours autant, le Velvet… J’écoutais autre chose mais ça reste des musiques que j’ai entendues, et qui m’ont fait évoluée. Je me suis intéressée très tôt à la soul, à ses grands artistes. Aretha Franklin est une artiste que nous retrouvons à la fois dans Girls Rock et dans Black Power. Pour moi, elle est une figure tutélaire dont je trouve la carrière, la voix, les choix artistiques absolument démentiels pour l’époque. Elle a su préserver sa vie privée d’une manière exceptionnelle au vu de sa célébrité. Elle a énormément incarné pour tellement de communautés différentes. Elle a réussi à faire de Respect un hymne féministe mais aussi un hymne des droits civiques. Black Power est également né parce que j’ai un grand amour pour la culture américaine. J’écoute beaucoup de musique américaine, ma littérature préférée, après la littérature française, est la littérature américaine. James Baldwin est aussi une autre porte d’entrée très importante dans Black Power. J’ai fait de longues études littéraires. J’ai lu, très tôt, la littérature française qui m’a portée, surtout celle du XXème siècle, de Boris Vian à Marguerite Duras, Sartre, l’existentialisme, Simone de Beauvoir qui s’est, par ailleurs, intéressée à la question des noirs américains. Je me suis aussi passionnée pour la littérature noire américaine, avec Richard White, James Baldwin, Toni Morrison, Maya Angelou…. qui sont des écrivain.e.s que je lis depuis l’adolescence. Et la plupart de ces auteur.e.s citent beaucoup de musique, ce qui m’a aussi permis d’avoir une ouverture sur le jazz, notamment. Un genre de musique que j’ai découvert sur le tard grâce à la littérature de Baldwin. Finalement il y a eu plusieurs portes d’entrée et tout ceci remonte à très loin. Comme Girls Rock.

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    > Plus jeune, vous imaginiez-vous déjà écrire des livres, notamment sur des sujets comme la pop culture noire américaine ?

Je m’imaginais plutôt les publier. Pendant très longtemps, quand j’étais petite, je voulais être directrice de collections. Je voulais travailler en maison d’édition et publier des auteurs et des autrices. Il était évident que ma vie tournerait autour de la lecture et de l’écriture. J’y suis également arrivée grâce à mon métier de journaliste, que j’exerce depuis plusieurs années. Cela fait quinze ans que je réalise des interviews et il y a des éléments, des thèmes qui se rejoignent. C’est en interviewant beaucoup de femmes dans le rock que j’ai réalisé qu’il y avait un fil entre elles, qu’elles citaient souvent les mêmes personnes. Quand j’interviewe un artiste il est très rare que je reste uniquement sur l’enregistrement et la geekerie. Nous parlons aussi de société, de la vie…Et en échangeant avec des artistes comme Curtis Harding, Skin de Skunk Anansie, Mavis Staples ou d’autres artistes noirs américains, nous nous retrouvons très vite à parler de Martin Luther King quand ils parlent de leurs ancêtres et de la manière dont ils se ressentent eux, noirs, aux États-Unis. Alors oui, même si très jeune je n’imaginais pas sortir des livres sur ces sujets, ces ouvrages et sans doute le prochain, portent sur des sujets qui m’intéressent depuis de longues dates. Par ailleurs, pendant mes études, j’ai fait un mémoire sur la littérature concentrationnaire, donc sur la shoah. J’ai aussi beaucoup lu les livres de Jean Hatzfeld sur le génocide rwandais et je me suis toujours intéressée à la question de l’esclavagisme, dans le monde et particulièrement la déportation des africains aux États-Unis et à la ségrégation. Dans les peuples persécutés il y a toujours des éléments qui se retrouvent. Beaucoup de ces artistes, qu’ils soient écrivains, chanteurs, cinéastes, parlent de cette peur viscérale qu’on a au ventre en sachant qu’en sortant de chez soi il peut nous arriver n’importe quoi. Cela a été le cas des juifs en Europe à une certaine période, celui du Rwanda également à une autre période et dans plein d’autres endroits. Il y a eu des génocides et des persécutions partout. Du point de vue historique, j’ai toujours été profondément choquée par le fait qu’une partie d’un pays, le sud des États-Unis, puisse réduire des êtres humains en esclavage aussi longtemps, qu’il ait fallu une guerre civile pour y mettre fin, que, même après, les stigmates soient restés et encore aujourd’hui, comme nous le voyons avec George Floyd. C’est ahurissant. Qui ne peut pas être choqué par cela ? Moi ça me choque et ça me hante, comme beaucoup de gens, je pense. J’ai fait beaucoup de recherches historiques et sociétales pour Black Power. Je ne suis pas historienne mais j’écris sur la pop culture depuis des années et j’ai vu à quel point la musique et la littérature pouvaient aider la communauté noire à, si ce n’est affronter, supporter un quotidien souvent douloureux, éprouvant. Tous les artistes noirs américains que j’ai interviewés m’ont dit que sans la musique, la littérature, les arts plastiques, ils ne savent pas ce qu’ils auraient fait. Rachida K. Braggs, professeure de black studies à qui je donne la parole au début du livre, l’explique très bien : la culture, la musique, les arts et le sport n’ont pas la même résonance pour les noirs américains que pour les blancs américains. C’était un moyen de survie, un moyen d’avoir des bourses, d’exister, de rendre le quotidien un peu plus doux. Ça méritait bien un livre, en France, sur ce sujet.

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   > Que ce soit Girls Rock ou Black Power, ces ouvrages représentent de nombreux témoignages, de nombreuses recherches… Combien de temps avez-vous consacré à la réalisation de ces livres et notamment à celle de Black Power ?

Beaucoup ! Ces deux livres sortent sur des périodes très rapprochées mais chacun est le fruit de longues années de travail. Concernant Girls Rock, les données correspondent à 7/8 ans de recherche. J’ai eu la chance de faire toutes ces interviews avant, donc j’avais déjà tout en boîte pour Girls Rock, sauf celles des jeunes intervenantes françaises. L’écriture en elle-même est toujours très éprouvante, nous n’avons jamais beaucoup de temps. Pour Black Power le processus est similaire. En 2017, j’avais écrit un article pour Afrique magazine sur le retour ou l’arrivée du Black Empowerment dans le mainstream, notamment grâce à Beyoncé. Il y a toujours eu du Black Empowerment dans la pop culture noire américaine mais il y a une envolée depuis 4/5 ans. Et en rendant cet article j’ai ressenti une frustration : il y avait tellement de choses à dire ! J’avais commencé à noter tous les artistes noirs américains que j’avais interviewés, ce qu’ils m’avaient dit, et les éléments qui pouvaient se rejoindre. Et il y avait quelque chose. Par la suite j’avais proposé de faire cet écrin de recension de vinyles importants dans la musique noire américaine. Co-édité par la Fnac, ce livret intitulé Black is beautiful est sorti en janvier 2020. Alors l’écriture d’un ouvrage comme Black Power va prendre plusieurs mois mais en terme de recherches, cela prend plusieurs années. J’ai lu tous les livres dont je parle dans Black Power. J’en ai relu, comme  La couleur pourpre, mais aussi certains Baldwin, Maya Angelou, James Wright. Tout ce travail de recherche était déjà fait. J’ai également tous les disques chez moi. J’avais déjà presque vu tous les films sauf un ou deux que j’ai découverts, notamment un western de 1960. Mais je les ai tous revus pour l’écriture du livre. Le principe est identique dans Black Power et dans Girls Rock, qui proposent des textes très courts. Dans Girls Rock il y a des portraits. Dans Black Power ce sont des chroniques. Chaque chapitre de Black Power s’ouvre sur une longue contextualisation socio-historique. Quand je chronique un livre de James Baldwin, j’essaye de parler de James Baldwin. Quand je chronique un disque de Charles Mengus, il faut que j’explique qui il était, son importance dans le jazz etc. Le travail de synthèse est très dur et il ne peut pas être fait sur un temps trop long sinon on ne s’en sort pas. C’est aussi un travail de coupe. J’ai dû faire des choix et c’est horrible.

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   > Est-ce qu’il y a d’autres thèmes qui vous intéresseraient dans le cadre de l’écriture d’un prochain livre ?

J’en ai un mais…

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Nous en resterons là de notre échange avec Sophie Rosemont, l’autrice du livre Black Power, l’avènement de la pop culture noire américaine, à se procurer dans toutes les librairies depuis le 8 octobre. Et comme il y aurait encore beaucoup à dire et à faire découvrir… nous vous proposons de gagner un exemplaire du livre.

Pour participer, il suffit de répondre à la question suivante : « En janvier 2020, Sophie Rosemont a rédigé un livret, co-édité par la Fnac, sur les grands disques de la musique noire américaine. Quel en est le titre ? »


Envoyez votre réponse par mail à laure.clarenc@gmail.com en indiquant vos coordonnées complètes. Fin du concours le 18 octobre 2020 à minuit. Un gagnant sera tiré au sort le lundi 19 octobre 2020. Une seule réponse par personne est autorisée.

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Actuellement chargée de communication, je suis passionnée par les musiques actuelles. J'observe, j'écoute, j'interroge et j'écris.

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