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Rencontre avec Romain Humeau

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Bonjour Romain,

   > Tu viens de sortir un nouvel album solo, qui se décompose en plusieurs volumes. Peux-tu nous expliquer pourquoi ce choix de faire plusieurs volumes ? Comment s’est déroulé le travail de composition et de production ? Quand sortira le second volume ?

Bonjour. Le choix de sortir plusieurs volumes n’est pas de mon fait. J’ai écrit 75 chansons depuis le début de la tournée Foule Monstre/ Eiffel (début 2013) , et ce, sans vraiment m’en rendre compte. J’en ai jeté 20. 25 d’entre elles ont fait l’objet d’un album adaptation de « Vendredi ou les limbes du Pacifique » et 30 sont restées …. 30 que j’ai désignées comme étant mon troisième album solo : Mousquetaire. Pias, ma maison de disque, a préféré imaginer les sortir en deux volumes : Mousquetaire#1 et Mousquetaire #2. C’est aussi simple que ça. Mousquetaire #2 pourrait sortir mi 2017… Tout est produit au Studio des Romanos, mon studio à Bordeaux. Nous l’avons réalisé à deux avec Nicolas Bonnière. J’y joue la plupart des instruments. Il n’y a pas eu de démos, c’est du Work in progress, j’adore ça. D’autres musiciens ont joués ici et là, Joe Doherty, Guillaume Marsault, Ella Doherty, Augustin Humeau….

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   > Pourquoi avoir ressenti le besoin de faire quelque chose en parallèle d’Eiffel ?

Toujours au moment de la tournée Foule monstre/Eiffel, nous avons décidé avec les quatre membres du groupe, qu’à la fin de celle-ci nous ferions une pause indéterminée comme nous en avons l’habitude. J’ai donc su très vite, que les chansons que j’écrirai iraient sur un nouvel album solo.

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   > Y-a- t-il un ou plusieurs artistes avec lesquels tu souhaiterais collaborer dans le futur ?

Bien sûr : Jacques Higelin, Damon Albarn, Arthur Teboul, Little Dragon, Chapelier fou, Tony Visconti, Danger Mouse, Beck, De la soul, The Do entre autres…

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> Pour Mousquetaire #1, tu as réalisé un énorme travail de composition, tu as écris mais aussi enregistré les parties instrumentales, qu’as-tu trouvé le plus difficile ?

En termes d’écriture et de réalisation, franchement, rien ne m’a semblé aussi fluide et facile… Vraiment. Cela n’a été que plaisir et liberté. J’ai d’une part, eu la chance d’être accompagné par Nicolas Bonnière pour la réalisation. Et d’autres part, eu cette autre chance que d’avoir été constamment interrompu dans mon travail sur Mousquetaire par deux réalisations d’albums pour Bernard Lavilliers, l’écriture et la réalisation imprévues de mon deuxième album solo « Vendredi ou les limbes du Pacifique » ainsi que par quelques concerts et répétitions. De fait, à chaque fois que je retournais à mon Mousquetaire, cela me semblait frais, nouveau, vivifiant et sexy.

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> On retrouve des influences telles que Lennon, McCartney, Bowie, Damon Albarn… Des influences exclusivement anglo-saxonnes, pourquoi ? D’où te vient cet intérêt pour la culture anglo-saxonne ? Et quels sont les sujets qui ont inspirés l’écriture des textes de cet album ?

Je suis né en écoutant le Double blanc des Beatles, Sergent Peppers, Beatles for sale, Revolver, Help, Magical Mystery Tour, Abbey Road… Ceci expliquant cela… D’autres part, mes parents tous deux musiciens, mon père étant facteur de clavecins, je suis aussi né dans la musique Baroque : les Beatles, les Kinks, David Bowie et les Beach Boys cotoyaient avec naturel Jean Sébastien Bach, Gesualdo, Monteverdi, Biaggio Marini, Telemann…. J’ai commencé par faire 15 ans de violon, puis de la batterie, tout cela en jouant constamment de la guitare dont mon père m’a appris à jouer : le blues, Lightin’ Hopkins, Hot lips page, T-bone walker, Armstrong etc…. et bien sûr, Brassens, Brel, Boris Vian. Autant dire que j’ai eu un bol monstrueux qu’ils ne m’aient pas collé une PlayStation dans les mains pour que je leur foute la paix (comme ça se pratique couramment désormais). De toutes manières, ils n’en avaient pas les moyens… Je viens d’un milieu très « riche de sa pauvreté ». Artisanat et Anarchie. Les thèmes m’ayant inspirés pour l’écriture : Le vote blanc, L’amour versus Passion, Le suicide de personne proche, Le narcissisme, La venue au monde, La fabrication par notre société d’un Kamikaze, L’assassinat d’une journaliste dissidente en Russie, Le bleu de travail de l’ouvrier, L’insupportable tension en milieu urbain , L’amour encore.

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   > Pourquoi avoir choisi de mélanger l’anglais et le français dans tes textes ? La gymnastique pour écrire dans ces deux langues n’est-elle pas trop difficile à mettre en place ?

Soyons honnêtes, les mélodies chantées en anglais, chez moi, ça veut dire :« Cette mélodie vaut le coup, mais en français, elle perdra toute saveur : je la chante en anglais ! Fuck ! » Je suis extrêmement plus limité en Anglais qu’en Français et curieusement, j’y vois là une richesse. Cela me permet, à l’instant T, de changer de point de vue, d’axe. Je suis très fier de chansons comme Futures, Something I can’t touch ou No one Wins. Vu que de subtiles métaphores, monnayages, enjambements, contrepets, rimes intérieures, allitérations et autres me sont plus difficiles en anglais, cela me permet de faire chanter ma voix d’enfant, ligne claire, dessin naïf, esquisses sur vieux carreaux des cuisines…. Et cette voix d’enfant me semble en dire tout autant que ma voix d’adulte. Je cherche le multi-dimensionnel, l’ubiquité textuelle et sonore… attaquer le sujet de partout, de n’importe quel buisson… C’est à mon sens une manière de l’éclairer la plus conséquente qui soit.

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> On note aussi des petites touches orientales, notamment sur le titre Paris ou encore Futures. D’où te sont venus ces choix/envies de sonorités ?

J’ai toujours été attiré par la musique modale… c’est l’essence de la musique, la musique tonale n’étant qu’un faible pan de l’idée que l’on peut se faire de la musique. La musique Baroque contient un peu de cette matière. Les Beatles, toujours eux, avec la curiosité pour la musique indienne d’un Harrison, m’ont aidé à faire rentrer cette chose dans mon inconscient je pense… Et puis, et surtout : sans la musique Indienne, Africaine, Arabe, Japonaise etc., la musique telle que nous l’écoutons aujourd’hui ne serait rien. J’ai beaucoup étudié cela pendant mes 6 ans de conservatoire à Toulouse. Cela me passionne toujours autant. Sans l’histoire des grandes invasions et donc, des métissages culturels séculaires, la musique ne serait pas aussi riche actuellement.

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> Es-tu satisfait des premiers retours que tu as eu de Mousquetaire #1 ?

Je ne me suis pas encore fait tapé dessus… ah ! ah ! Pour l’instant tout va bien. Mon entourage hallucine sur le fait que les gros, grands et gras médias n’aient jamais vraiment parlé d’Eiffel ou de moi. A vrai dire, je m’en fou, à partir du moment où je peux sortir la musique que je veux et que je peux en vivre décemment. Je m’inscris dans une forme de longévité je crois, ma vie est un trajet artistique, pas une course à la notoriété, notion que je considère comme une maladie mentale. Le seul retour que je considère est celui des gens qui ont acheté et écouté le disque, si tant est qu’ils sachent qu’un disque est sorti.

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> Tu as également en projet un nouvel album avec Eiffel, comment appréhendes-tu le basculement entre tes deux projets ?

Je marche à l’envie, par instinct et souvent par réaction (ce qui, me semble-t- il, est sain) Eiffel est une jolie partie de ma vie. J’aime m’y mouvoir. Je crois, désormais, mieux faire la différence entre un groupe de rock et un projet solo, même si j’écris les chansons dans les deux cas. Je crois qu’Eiffel doit faire le disque de rock ultime, celui qu’il n’a jamais fait. Un truc court, abrasif, avec peu de moyens sonores mais une manière de les agencer totalement neuve. J’ai 12 à 14 chansons pour Eiffel, elles me semblent potentiellement très excitantes et directes. Il nous faut murir la manière.

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> Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce nouvel album ?

Mousquetaire #1, Mousquetaire #2, entre Walt Disney et Charlie Chaplin, entre Terry Gilliam et Céline, entre Fellini et Moustache, entre chiens et loups, entre ciel et terre, entre Buildings et Jacinthe d’eau entre Labtop et tigre du Bengale. Loin du cynisme

Merci Romain !

Merci à vous

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Actuellement chargée de communication, je me passionne pour la musique, son histoire, son évolution. Je cours les concerts et je chine les vieux vinyles. Je passe des heures à découvrir de nouveaux sons.

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