A la découverte des rythmes chaleureux d’EMÉA : rencontre avec Manon Corrochano

Après une première entrée dans l’univers ensoleillé d’EMÉA avec les titres Posibles et Tudo Bem, nous avons eu envie d’en découvrir davantage sur ce tout nouveau projet musical. Formée à Besançon, c’est vers les terres chaleureuses de l’Amérique Latine que la formation nous entraîne grâce à ses notes colorées et positives. Mais, comme la chanteuse Manon Corrochano est la mieux placée pour vous narrer l’histoire d’EMÉA, ses inspirations, ses attaches et ses aspirations, nous vous laissons découvrir l’échange que nous avons eu avec elle en début de mois.

> Bonjour Manon. Vous débutez un nouveau projet intitulé EMÉA. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

EMÉA est un projet que l’on a mis en place suite à des chansons que j’avais composées en voyage. Entre les premiers enregistrements et le temps passé à peaufiner les morceaux, c’est un projet qui a un peu plus d’un an. Là on fait nos premières scènes avec Julien (Puget) avec qui on travaille depuis la fin d’année dernière. On prend nos marques et on est très contents des retours sur nos premiers titres ainsi que sur nos premiers concerts. Cela fait du bien !

> On a découvert EMÉA avec la session live Posibles. Comment choisit-on le premier morceau que l’on va présenter au public ?

J’ai tout un fil conducteur, une histoire autour de mes morceaux et, dans cet ordre, Posibles n’est pas la première chanson. Mais l’idée était de présenter un titre pour annoncer nos premiers concerts de l’été, et, dans ce sens, Posibles était la chanson la plus représentative de ce que notre musique pouvait donner en live. Et c’était surtout la plus joyeuse ; celle qui apportait le plus de soleil.

> Ce fil conducteur, c’est celui qui a façonné votre premier EP qui sortira en septembre ?

C’est surtout celui qui a façonné le futur album, car sur l’EP il n’y aura que 5 titres. L’EP s’appelle L’Envol, et on y trouve cette métaphore d’un oiseau qui s’envole à l’assaut des horizons immenses. Cela représente un peu mon cheminement, mon départ en voyage durant lequel j’ai commencé à faire de la musique et à réaliser mes rêves.

> Vous vous êtes effectivement produite en Amérique Latine avec votre ukulélé et votre voix. Une expérience qui a dû être très enrichissante humainement et musicalement…

Effectivement, j’ai commencé en tant que troubadour là-bas. J’ai appris à jouer du ukulélé toute seule. Au départ, j’avais des compagnons de voyage guitaristes mais, à un moment, j’ai voulu voyager et me produire seule. Ce sont des pays que j’affectionne beaucoup. C’était magique de partager mes chansons et d’avoir le retour des gens. Il y a eu beaucoup de rencontres, et j’ai appris les rythmes et les cultures musicales de ces pays. J’en ai ramené, humblement, une toute petite partie que je propose dans mes chansons.

> Ce sont des pays qui ont l’air d’avoir une approche musicale très différente : une façon de vivre la musique de façon plus directe, plus intuitive et peut-être plus corporelle aussi.

Exactement ! La musique est partout, tout le temps. On en entend à chaque coin de rue et on a l’impression que tout le monde sait en jouer. C’est très lié à la danse et à la fête, ainsi qu’à des traditions ancestrales, comme pour la Colombie : les choses ont évolué, mais il y a encore une grande attache pour ces musiques traditionnelles précolombiennes qui sont toujours connues et chantées par les enfants. C’est quelque chose qu’on a un peu perdu chez nous… C’était vraiment très communicatif et enrichissant !

> Est-ce qu’il y a des thèmes, des histoires, dans ces musiques traditionnelles qui vous ont marquée et qui se retrouvent dans vos musiques ?

Inévitablement, oui. Je trouve que, globalement, il y a un lien à la Nature, à la Lune et au Soleil : cette cosmovision un peu précolombienne. C’est un thème que je reprends dans toutes mes chansons. Il y a aussi la question d’avoir confiance : confiance en la vie, en l’univers… Il y a un côté un peu mystique, très présent dans l’univers musical de ces pays, qui m’a beaucoup touchée.

> Par rapport à la nature, vos visuels (photos, clip) représentent beaucoup de motifs floraux. Est-ce lié à une idée de renaissance ? Est-ce vous qui aviez cette envie, ou est-ce un apport des personnes qui ont travaillé sur ces visuels ?

Oui, c’était l’idée de renaissance avec toute cette métaphore sur le fait de planter une graine et de voir les choses pousser, grandir, fleurir. C’est un thème que j’aborde beaucoup dans mes chansons. On a travaillé ensemble avec la graphiste, mais c’était une chose à laquelle je tenais absolument : le fait qu’il y ait des motifs géométriques, végétaux, des fleurs… Ensuite, c’est la magie du travail en équipe qui fait que le résultat est aussi joli.

> Cela a un côté très reposant et positif ; un aspect que l’on retrouve beaucoup dans vos chansons, que ce soit dans les paroles ou dans la musique. Est-ce que la notion d’art thérapeutique vous parle ?

Je suis contente que vous le notiez parce que c’est l’idée, sans que ce soit non plus annoncé frontalement : chacun y trouve ce qu’il veut y trouver. Je suis vraiment persuadée que l’art, et la musique en ce qui me concerne, ont le pouvoir de soigner les gens, et de les apaiser. C’est aussi ce que j’espère pouvoir faire, donc si c’est transmis, tant mieux, oui ! Et ce autant dans les paroles que dans les mélodies, avec ces moments un peu suspendus, méditatifs.

> Comment se déroule la composition de ces mélodies justement ? Elles présentent un vrai équilibre : la voix a beau être très présente, elle n’écrase jamais la musique. Les composez-vous de votre côté, ou est-ce un travail en collaboration avec les musiciens ?

En général, je compose la structure, la suite d’accords. Ensuite, je fais tout un travail d’arrangements en collaboration avec Mathis (Bouveret-Akengin). C’est vraiment un excellent musicien, et il fait ses armes en production musicale. Cela donne de jolies choses ! Nous avons la volonté de laisser de la place aux instruments, aux mélodies et aux harmonies. La chanson est une œuvre dans son ensemble ; ce n’est pas juste une voix avec une instrumentation derrière. Il faut vraiment que chaque élément trouve sa place. Cet équilibre a donc lieu grâce au talent de Mathis, et de nos ingés son, Flavien Van Landuyt et Thomas Jacquot du studio Le Zèbre, qui font un très bon travail de mix.

> Ce genre de musique avec des plages instrumentales doit permettre, sur scène, de laisser plus de place à l’improvisation, ou du moins à un partage vivant avec le public, non ? Est-ce que la danse est présente dans vos concerts également ?

C’est ce qu’on essaye de mettre en place dans nos premiers concerts, oui. Avec de grandes plages instrumentales où l’on fait participer le public sur des chœurs ou sur des claps pour rendre les moments live vivants. C’est un vrai moment de partage car ce n’est pas seulement nous qui proposons quelque chose ; il faut qu’il y ait une interaction. Sur nos premiers concerts les gens étaient assis, ce qui limitait les interactions. Mais là, on commence à faire des concerts où les gens sont debout et dansent. On a fait un live en Alsace où tous les enfants dansaient ! On a également chanté dans un collège, et c’était chouette. Faire danser les gens avec sa propre musique, c’est vraiment quelque chose d’agréable ! Pour la suite, on a aussi des morceaux plus doux, plus soul, que l’on n’a pas encore mis en avant.

> Votre musique est très intergénérationnelle, non ?

Je n’identifie pas encore très bien notre public parce que c’est assez nouveau. Mais dans notre entourage on a des super retours, que ce soit de personnes âgées ou de jeunes. Les enfants sont curieux, sur scène notamment, car on a plein d’instruments « bizarres ». On a un côté très enfantin que l’on veut garder avec Mathis, c’est un univers qui nous parle, et cela se ressent dans les mélodies et dans les paroles. Il y a toujours ce côté naïf, ainsi qu’une double lecture en fonction de ce que les gens veulent percevoir. Mais on fait surtout une musique qui nous ressemble, qui allie les univers de chacun ; ce n’est pas quelque chose qui a été pensé pour atteindre tel ou tel public. Et, au bout du compte, si ça touche les gens de tous les âges, tant mieux : c’est gratifiant !

> Est-ce que cela vous plairait de continuer à faire des représentations dans des écoles ? Car il pourrait y avoir un côté très pédagogique avec tous ces instruments que l’on n’a pas l’habitude de voir.

Oui ! Les premiers concerts qu’on a faits étaient justement dans des écoles. C’est quelque chose qui me tient à cœur. J’étais prof et animatrice jeunesse avant, donc j’ai instinctivement ce côté pédagogue. D’ailleurs les premiers concerts, sans qu’on s’y attende, ont dévié en petits ateliers explicatifs sur tous les instruments d’Amérique Latine. J’avais également monté une histoire autour de cet oiseau, pour que ce soit plus narratif. C’est toujours des super moments avec les enfants. Il y en a même pour qui c’est le premier concert ! Cela crée un aller-retour hyper chouette avec ces gamins touchés par les paroles, par l’énergie. Cela me plaît beaucoup, et Mathis et Julien sont aussi très contents dans ce genre de cadre, même si ce n’est pas uniquement un projet orienté vers la jeunesse.

> Cette histoire de l’oiseau pourrait-elle donner lieu à un spectacle qui mêlerait musique et narration ?

Oui, à plus long terme c’est notre petit rêve de faire un spectacle autour de cette histoire avec, peut-être, de la danse, du cirque, des décors… cela serait un peu l’aboutissement. Chaque chose en son temps, mais si on arrive à mettre ça en place un jour, cela serait vraiment chouette !

> Pour en revenir à vos chansons, notamment Tudo Bem, vous chantez en français et en portugais, deux langues aux sonorités différentes. Quand vous composez, la musicalité se pense-t-elle différemment en français et en portugais ?

Ce sont des sonorités différentes, mais j’arrive à leur trouver des points de similitude. Je vous avoue que c’est très instinctif ; ce sont les premières chansons que je compose, et ce n’est pas réfléchi. Je ne sais jamais dans quelle langue cela va sortir. Sur Tudo Bem, cela a assez bien fonctionné en tout cas, je suis contente.

> Ce titre, Tudo Bem, est sorti accompagné par un clip de Lucas Dubiez. Comment s’est passé la réalisation de cette vidéo ?

On a bien rigolé ! On était un peu pressés par le temps, mais ça a permis de booster tout le monde ! C’était très collaboratif. J’étais arrivée avec une idée très précise du message que je voulais porter : voir la beauté dans chaque détail du quotidien. Ensuite, les idées ont beaucoup fusé avec Mathis et Lucas. On a pensé à suivre une personne dans son quotidien en ajoutant un peu ces côtés magiques et rêveurs avec ces scènes de nature et cette scène finale dans l’appartement. C’était très chouette à faire !

> Le clip a été tourné en France, et pourtant on ressent vraiment cette couleur et cette chaleur de l’Amérique Latine !

Oui, le clip a bien été tourné en France, à Besançon et autour, dans des endroits qui font partie de notre quotidien. Tout est réel : le café, la batucada que l’on joue avec Julien… L’idée était effectivement de défendre le fait que le soleil, la joie et la bonne humeur sont aussi chez nous et en nous, et qu’il ne faut pas toujours aller chercher ailleurs des choses exotiques. C’est ce que j’ai fait aussi, pendant longtemps durant mes voyages, mais là je suis plutôt dans cette phase, celle de trouver toutes les belles choses qu’on a ici. Et Besançon est une ville où on a plein de belles choses et de belles personnes. Mais la batucada était l’occasion de me sentir quand même connectée au Brésil en jouant dans cet ensemble de percussions. Et je suis contente qu’on ait pu retransmettre la belle énergie de ce groupe dans le clip !

> Tudo Bem est un peu rattaché au Brésil, et Posibles à la Colombie. Est-ce que vos autres musiques sont aussi rattachées à la culture musicale d’autres pays d’Amérique Latine ?

C’est quelque chose qui me tient à cœur, oui. Mais sans pour autant faire de l’appropriation culturelle : je ne prétends pas être la représentante de ces musiques. Ce sont des influences. Là, on est en train de bosser sur une salsa par exemple. Alors oui, il y a plein de musiques de ces pays qui m’ont influencée, inspirée, mais sans que ce soit uniquement cela : il y a aussi des titres plus soul, plus anglophones.

> Des titres qu’il nous tarde de pouvoir découvrir ! Merci Manon pour cet échange !

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Photo © JC Polien et Rouge Poisson