Découvrez Roraïma, un duo electro/trip-hop orléanais prometteur

Le 30 avril dernier, le duo trip-hop Roraïma a dévoilé desmo, un nouvel EP composé de six morceaux. Dans le cadre de cette sortie, Baptiste et Florian ont accepté de répondre à quelques-unes de nos questions. Création du duo, composition de ce nouvel EP, rencontres artistiques, projets futurs, processus de création… Le duo orléanais nous a tout raconté.

Début avril vous avez sorti un nouveau clip. Plus récemment vous avez sorti desmo, votre nouvel EP. Comment vous sentez-vous ?

Baptiste : Nous sommes plutôt contents. Nous travaillions sur cette sortie depuis bientôt un an, elle a été repoussée plusieurs fois. Initialement, nous envisagions de sortir l’EP au mois de septembre. Donc cette sortie est vraiment l’aboutissement d’une année de travail.

Florian : Comme le dit Baptiste, nous sommes contents que l’EP sorte enfin parce que cela fait un moment que nous travaillions sur ces morceaux et que nous avions le clip en projet. Avec le contexte actuel tout a été un peu retardé, donc le fait que tout se concrétise enfin fait vraiment plaisir.

Quand est-ce qu’est né le projet de ce nouvel EP ? Avez-vous commencé à travailler dessus lors du premier confinement ?

Baptiste : Nous en avions enregistré une première version juste avant le confinement. À l’époque nous ne savions pas ce qui allait venir. Puis nous nous sommes tout de suite rendu-compte que nous ne pourrions pas le sortir à la date prévue au mois de septembre. Nous avons repris l’écriture, ré-enregistré des choses. Nous étions partis sur 4 ou 5 titres et finalement nous sommes sur 6. Et effectivement, dans l’EP, il y a un morceau « spécial confinement », qui s’appelle Locked et qui a été écrit en visio avec Florian pendant le premier confinement.

Florian : Avant le confinement, nous avions déjà le projet d’inviter d’autres artistes, notamment Grande, Ctrl-Z et The Patient. Je pense que le confinement nous a permis de prendre davantage le temps de soigner les choses, d’appréhender le processus de composition et de production, ce que nous ne faisions pas avant car nous étions plutôt sur un mode « live », dans nos locaux de répétition, avec des idées qui jaillissaient. Là nous étions davantage dans un processus en décalé. On s’envoyait des idées, on échangeait, on se renvoyait des éléments… Cela nous laissait le temps de mûrir les réflexions. Du coup nous avons travaillé ce nouvel EP différemment des projets précédents. Moins en live et en essayant de le produire un peu plus.

Est-ce que le confinement et la situation sanitaire ont directement impacté votre inspiration ? Est-ce que cela vous a apporté de nouvelles idées ?

Baptiste : La situation a surtout permis au projet d’être un peu plus abouti. Nous avons pu aller au bout des choses. Cela ne signifie pas qu’avant nous n’allions pas au bout, mais là nous avons vraiment cherché les idées, retourné les morceaux dans tous les sens… Auparavant nous étions davantage dans la spontanéité. Comme le disait Florian, nous composions en répétition, en live. Nous avions une idée qui venait et nous partions là-dessus. Pour desmo, nous étions vraiment dans la construction, l’aboutissement. Donc la situation n’a pas directement impacté le cœur de la production mais plutôt les fioritures.

Florian : En effet, la situation nous a surtout permis de prendre le temps et d’être moins dans l’instantanéité, d’être davantage dans l’échange, de peaufiner les choses avec plusieurs versions. Et puis nous n’avions pas vraiment le choix. Comme nous étions tous les deux à la maison, faire de la musique était une soupape et cela nous a encore plus donné l’envie d’en faire.

Malgré le fait d’avoir repoussé la sortie, est-ce que vous vous sentez angoissés par le fait de sortir ce nouvel EP dans un contexte difficile, qui ne vous permettra pas de présenter votre travail tout de suite sur scène ?

Baptiste : Non, parce que le sortir était une nécessité. Les morceaux étaient enregistrés depuis longtemps et nous avions envie de présenter notre travail. Tant pis si nous ne pouvons pas le présenter en live immédiatement. Mais je pense que c’était le bon moment pour le présenter parce que cela représente vraiment l’aboutissement de notre travail.

Florian : Nous sommes un peu frustrés parce qu’on se demande si nous pourrons beaucoup le défendre sur scène, mais comme le dit Baptiste, nous voulions vraiment qu’il sorte et il fallait qu’il sorte. Le projet a un an et nous avions envie que les gens écoutent les morceaux. Nous avons aussi d’autres idées en tête qui arrivent, donc il fallait que nous finalisions le processus en le sortant. Mais comme c’est toujours un peu flou pour les concerts, nous avons dans l’idée de vite sortir des vidéos sur une bonne partie des morceaux pour pouvoir porter le projet.

Ce nouvel EP, intitulé Desmo, est disponible depuis le 30 avril. Il offre 6 morceaux, dont 3 collaborations avec d’autres artistes de la région Centre : Grande, Ctrl-Z et The Patient. Pourquoi avoir choisi ces artistes et comment vous-êtes vous rencontrés ?

Baptiste : Depuis longtemps, Florian et moi avions dans l’idée de mettre des voix sur quelques titres, en sachant que nous voulions rester sur cette formule en duo et ne pas intégrer de chanteur. Donc pour nous, le meilleur moyen de faire cela, était d’inviter des artistes que nous aimions bien ou des copains, pour collaborer. Nous avons rencontré Grande lors d’une résidence et nous avons bien accroché. Leur univers musical nous a beaucoup plu et nous pensions qu’il se marierait bien avec le nôtre. Concernant The Patient, nous le connaissons un peu et c’était un projet d’un peu plus longue date. Nous en parlions depuis longtemps et à chaque fois qu’on se voyait, nous nous disions qu’il fallait qu’on fasse quelque chose ensemble. Mais nous l’avions jamais fait faute de temps et là, c’était le bon moment. Et Ctrl-Z, qui collabore avec nous sur un troisième titre où il n’y a pas de chant, puisqu’il fait aussi de la musique électronique, est un copain. Nous travaillons sur des productions ensemble, on s’échange des idées, des plans… Et nous avions vraiment envie de faire jouer le copain sur le projet.

Florian : Le mot d’ordre était de s’entourer de personnes que nous connaissions et si possible, des voix. Et ça faisait plaisir d’entendre des voix sur nos morceaux parce que cela ne nous était pas encore arrivé. C’était une très bonne surprise.

Est-ce quelque chose que vous pourriez refaire à l’avenir, sur d’autres productions ? Et avec d’autres artistes ?

Baptiste : Oui. Nous n’avons rien de prévu pour le moment mais l’expérience a été super intéressante. Si l’occasion se présente nous sauterons dessus.

Florian : Oui. Les collaborations c’est de l’humain, des rencontres… On prend. Et là ce qui est cool c’est que nous nous sommes entourés d’artistes locaux, ce qui nous permet aussi de supporter, de montrer qu’il y a une scène locale, de faire découvrir et de faire des projets entre artistes locaux. Mais il y a plein d’autres artistes que nous apprécions et avec qui nous aimerions faire des projets, des morceaux. Tout en sachant que nous voulons garder notre fonctionnement en duo, cela laisse beaucoup de place à des musiciens ou à d’autres groupes que nous voudrions inviter sur notre musique.

Vous avez sorti le clip de la 3ème piste, Hossec, quelques semaines avant la sortie de l’EP. Prévoyez-vous la réalisation d’autres clips ou d’autres supports visuels qui puissent compenser l’absence de live ?

Baptiste : Oui. Nous avons déjà réalisé un clip pour le morceau en duo avec Grande. Et en effet, le fait de ne pas pouvoir présenter notre EP en live est plus propice à faire des clips.

Florian : Aaron Benjamin, le réalisateur des deux derniers clips et de celui qui va arriver pour illustrer le titre en collaboration avec Grande, comprend bien notre univers. Nous lui avons vraiment laissé carte blanche et nous aimons toujours ce qu’il nous propose. C’est aussi une des raisons pour lesquelles nous allons faire plus de vidéos. De plus, comme notre musique est instrumentale, elle laisse davantage de place à l’image, à la mise en scène. C’est aussi une autre raison pour laquelle nous allons continuer à proposer des clips.

Baptiste : Effectivement, Aaron Benjamin est devenu, un peu par hasard, notre réalisateur attitré. Il a vraiment bien capté notre univers et il sait vraiment le mettre en image. C’est un vrai plaisir de travailler avec lui. Notre troisième clip est déjà dans la boîte et il est encore réalisé par Aaron Benjamin.

Ce nouvel EP fait suite à 2810 sorti il y a 2 ans. Pourquoi avoir attendu 2 ans avant de sortir une nouvelle production ? Et envisagez-vous de passer à un format plus long, de type album, pour la suite ?

Baptiste : Nous donnions pas mal de concerts à l’époque. 2019 était une période assez riche. Nous avons joué à Terres du Son et également pour d’autres gros concerts. Nous étions concentrés sur l’amélioration de notre set live et pas sur la production d’un nouvel EP. Par la suite oui, nous aimerions bien sortir un plus long format. Mais nous sommes en auto-production et nous avons conscience du travail que cela demande, et déjà rien que pour un EP de six titres. Donc ce sont plutôt les contraintes techniques et financières qui nous empêchent de produire un plus long format. Mais dès que nous aurons l’occasion de présenter un album, nous le ferons avec plaisir.

Votre duo est assez singulier puisqu’il est basé sur un couple batterie / machines. Qu’est-ce qui a inspiré et provoqué la création de votre duo ?

Florian : C’est une envie commune, nous avions envie de faire de la musique ensemble. Les machines et la production sont mon univers de prédilection, Baptiste est batteur et nous sommes tous les deux attirés par les musiques électroniques et les musiques live. Baptiste est assez rock et moi j’écoute beaucoup de jazz, de black music, de soul… L’objectif était aussi de confronter ces deux éléments. C’est un duo et un duel en même temps, avec la confrontation d’une batterie acoustique et d’une machine électronique. C’est aussi cette dimension qui nous intéresse et qui, on pense, fait la richesse du projet.

Baptiste : C’est exactement ça. Au début Florian faisait des beats et des productions pour le hip hop et il m’avait fait écouter quelques-uns de ses travaux. J’avais bien accroché et je lui avais demandé de me donner une de ses productions pour essayer de jouer de la batterie dessus. Tout est parti de là. Après, nous avons essayé de monter des choses plus sérieuses.

Comment est-ce que vous travaillez ensemble ? Vous vous mettez dans la même pièce tous les deux et vous creusez une piste ou alors l’un de vous ramène une première idée ? Le point de départ provient-il d’abord de la batterie ou des machines ?

Florian : Les morceaux qui débutent quand nous sommes tous les deux dans une même pièce sont assez rares. C’est arrivé une ou deux fois uniquement. Par contre quand nous composons il n’y a plus de rôle attitré. Il n’y a plus de batteur, de machines… nous proposons tous les deux. Souvent la première base est lancée par l’un de nous deux et nous rebondissons dessus, nous échangeons. Le confinement nous a permis de mettre davantage en place ce processus. Avant, on s’obligeait un peu plus à travailler dans un local de répétition. Finalement nous avons trouvé une autre façon de fonctionner, avec laquelle nous nous envoyons plus de choses. L’un de nous bloque sur un élément, on échange, on se renvoie des idées. Puis à un moment nous nous retrouvons tous les deux, nous jouons en live, on reprend nos places et on voit si ça fonctionne.

Baptiste : Sur scène nous sommes batterie/machines mais lors de la composition Florian peut composer la ligne de batterie et moi la ligne de clavier. Nous sommes assez libres, nous nous posons aucune limite.

Pendant votre processus de composition, à quel moment savez-vous que votre morceau est terminé, que vous pouvez dire qu’il est abouti ? Dans la musique électronique, il est toujours plus facile de revenir sur un morceau pour y apporter des modifications.

Baptiste : Je pense que c’est un choix et nous l’avons exploré pendant le confinement. Nous avons remis le nez dans des morceaux que nous avions jugés finis et nous nous sommes dits qu’il y avait peut-être des choses à faire pour aller plus loin. C’est l’une des forces de la musique électronique et de notre style. Nous pouvons y revenir et améliorer nos morceaux. Un titre est fini quand nous le décidons mais ce n’est pas égal pour tous les morceaux. Certains vont demander plus de temps, plus de clavier, nous allons les jouer en live puis revenir dessus… Il n’y a pas de règle. C’est fini quand nous sommes contents de nous.

Florian : Vouloir en mettre beaucoup est aussi un piège. Nous avons découvert cela lors d’une résidence avec Joan, l’un des musiciens d’EZ3kiel, un groupe de Tours. Il nous a fait retirer plein d’éléments qui brouillaient la substance de notre musique. Aujourd’hui c’est un piège dans lequel nous tombons moins. Nous sommes attentifs au fait de ne pas trop surcharger notre musique. Nous nous en tenons à quelques idées fortes sur lesquelles nous rajoutons de la matière pour donner une ambiance. Finalement, le morceau est fini quand nous tombons dans le piège de rajouter des couches qui risquent de rendre le résultat indigeste et incompréhensible.

Nous avons beaucoup parlé de live. Justement, comment vos concerts se déroulent-ils ? Avec la singularité de votre projet, que diriez-vous à quelqu’un qui ne vous a jamais vu sur scène pour l’encourager à venir ?

Florian : Si tu aimes la musique électronique mais que tu trouves ennuyants les groupes où le mec a le nez dans ses machines pendant tout un concert et bien c’est cool parce que dans notre projet il y a un batteur et un mec aux machines qui sont face à face et qui se répondent. Il y a une vraie proposition visuelle à regarder. Et pareil, si tu aimes le rock et que tu en as marre des mecs qui ont le nez dans leur instrument de musique, viens nous voir parce que tu verras deux mecs qui se font face et qui se livrent à des battles, ou qui se retrouvent en accord sur la musique. D’une manière plus générale, nous sommes sensibles au voyage, à ces moments suspendus pendant lesquels nous emportons le public dans notre musique.

Pour terminer, avez vous des dates de concerts déjà programmées pour la suite ?

Baptiste : Nous ne pouvons rien annoncer encore. Nous avons des reports de l’année dernière qui sont en option pour plusieurs raisons, mais pour le moment nous n’avons pas de points de chute pour nos concerts.

Merci à Roraïma pour cet échange ! Leur nouvel EP desmo est disponible depuis le vendredi 30 avril sur toutes les plateformes de streaming.

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Photo © Aaron Benjamin