Hop Pop Hop 2021 : Rencontre avec Chatain

Chatain est le projet qui réunit deux talents de la scène musiques actuelles issus de la Région Centre-Val de Loire. D’un côté, il y a Quentin Biardeau, également membre du Tricollectif, Bobun Fever, Spicy Frog et amateur de free-jazz psyché, de l’autre il y a Stéphane Charasse, également connu sous le nom de Boogers ou encore Chacha et plutôt amateur de pop-punk. Ensemble, ils ont monté Chatain, un projet pop électro plein de charmes, qui a parfaitement lancé les festivités du festival Hop Pop Hop le week-end du 18 septembre !

> Vous avez joué en ouverture de la 6ème édition du festival Hop Pop Hop. Comment ce concert s’est-il passé pour vous ?

Stéphane Charasse : Super !

Quentin Biardeau : Les gens étaient très souriants, très gentils et ils nous ont donné beaucoup d’énergie. C’était notre première date et c’était un très bon lancement.

Stéphane : Les gens étaient attentifs et nous n’en avons pas vu qui sont partis. Ça fait du bien au moral.

> C’était la tout première date du projet Chatain ?

Quentin : Oui. Il y avait donc un important enjeu de jouer sur cette grosse scène. Nous avons répété dans les studios à Polysonik (ndlr : studios de répétition basés à ‘Orléans), qui sont des salles très cool mais petites par rapport à la taille de la scène sur laquelle nous avons joué. Et entendre nos propres morceaux, notre propre voix, sur une scène aussi grande, était assez impressionnant. Mais au final c’était cool.

> Vous êtes deux artistes venus d’univers et de projets différents et vous avez créé Chatain ensemble. Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce projet commun ?

Stéphane : De mon côté, j’ai arrêté mes projets solos. Mais Quentin fait 16000 trucs…

Quentin : Chacha a une autre fonction dans la vie qui est de servir à boire aux gens.

Stéphane : Être musicien a été mon métier, mais à moins qu’il y ait un miracle je ne vais pas me battre pour être musicien. Pour moi c’est compliqué d’être intermittent. Il faut pouvoir faire de la musique et être payé mais si tu n’as pas d’argent il faut faire autre chose.

> Donc Chatain c’est uniquement pour le plaisir ?

Stéphane : Oui et si ça le fait on y va !

Quentin : Pour le meilleur et pour le pire.

Stéphane : S’il y a des dates, on y va et s’il n’y en a pas on va vendre des bières. Et comme ça il n’y a pas de déception.

Quentin : Personnellement j’ai beaucoup de choses sur le feu et encore plus depuis qu’il y a eu le Covid. Nous avons eu le temps de faire des choses comme Chatain, qui était un projet Covid à la base. Après Hop Pop Hop, j’ai fais une sortie à Annemasse avec un projet qui s’appelle Pelouse et pour lequel on travaille sur un album depuis deux ans. Et aussi plein d’autres choses dans l’année. Je fais aussi du saxophone donc je suis bien occupé.

Stéphane : Et monsieur est producteur !

Quentin : Oui, je fais aussi des albums pour d’autres artistes. Je fais beaucoup de choses en même temps.

> Ce n’est pas trop compliqué de tout gérer ?

Stéphane : Si !

Quentin : C’est compliqué à certains moments. Cela fait un peu monter en pression, mais là ça va. Avec le retour à la vie après le Covid, je constate que nous avons beaucoup de choses en route.

Stéphane : Il faut que ça reprenne, que tout se remette en route.

> Vous venez de sortir votre premier EP. Pouvez-vous nous parler de sa création ? Quand est-ce que vous avez lancé le processus ? Comment avez-vous travaillé tous les deux ?

Stéphane : Aujourd’hui, cela fait quasiment deux ans que nous avons démarré le processus de création. Le premier EP est composé de cinq titres et le deuxième, qui sortira en janvier, sera également composé de cinq titres. Nous avons bossé sur ces dix morceaux en deux ans, à partir du jour où nous nous sommes rencontrés.

Quentin : Avec un rythme dominical. Quand je rentrais de concerts, Chacha et moi nous retrouvions chez moi, dans mon salon et nous faisions du son. Nous avons avancé avec une organisation plutôt liée au fait que nous étions contents de nous voir, d’écouter de la musique et parfois nous avions des idées, nous faisions des morceaux. La construction était très progressive. Il n’y a pas eu d’impulsion de départ, l’idée de faire un groupe n’est pas venue tout de suite. Au début, nous avions juste envie de faire des morceaux et nous n’avions absolument pas envisagé de faire des concerts. L’idée n’était pas du tout de monter sur scène. Le vrai challenge que nous nous étions donnés était de faire des tubes, un peu de variété mais bizarre. Nous sommes partis de cela. Puis avec le temps, nous avons fait écouter nos morceaux à des proches, nous avons partagé avec les copains de l’Astrolabe (ndlr : la scène de musiques actuelles d’Orléans), Matthieu, Clément… qui étaient là pour écouter les premières maquettes. Nous nous sommes nourris des retours que nous pouvions avoir. Il a également fallu que Chacha et moi trouvions un langage commun. Chacha vient plutôt de la musique rock, punk en anglais. moi je viens plutôt du jazz, du free jazz et de choses un peu plus expérimentales. L’idée était de réussir à trouver ensemble un terrain sur lequel chacun puisse s’éclater.

Stéphane : Et se dire « tiens, on va écrire en français » nous a semblé être un peu fou.

Quentin : Et l’un comme l’autre, nous l’avions jamais fait. Donc c’était cool.

Stéphane : Nous avons écrit, fait écouter aux copains qui nous ont dit d’assumer davantage telle chose, d’arrêter d’utiliser le même mot dans toutes les chansons… Nous avons re-travaillé nos chansons alors que je n’avais jamais vraiment bosser les textes. Nous avons essayé de bien faire.

Quentin : Une fois que nous avons fini les enregistrements des morceaux, nous avons découvert que c’était assez cool de chanter tous les deux ensemble. Les morceaux sur l’EP sont pensés comme des titres un peu séparés, coupés. Mais pour le set que nous avons fait à Hop Pop Hop et pour les suites que nous aurons peut-être à donner, nous aimons bien l’idée de chanter ensemble, de créer un son avec une seule voix. Nous avons découvert cela en répétition, à l’Astrolabe.

Stéphane : C’était la première fois que je travaillais autant un projet. Avant de faire ce concert à Hop Pop Hop, nous avons répété à fond. Nous avons fait 200 répétitions !

Quentin : L’installation instrumentale du groupe est très pratique. Nous avons uniquement besoin d’un ordinateur et de deux micros. Du coup nous ne dérangeons personne quand nous voulons répéter. Nous ne dérangeons pas les musiciens et nous pouvons refaire les morceaux 200 fois à la suite si nous le voulons et les ré-écouter autant de fois que besoin. Et cela nous a bien aidé en période de Covid. Ça nous a permis de contraindre le projet, de ne pas réfléchir à l’idée de rajouter des personnes pour jouer avec nous. En espérant que cela puisse également nous donner un peu de latitude pour aller jouer à droite à gauche, sans demander à ce qu’il y ait une batterie, un ampli etc. L’idée était d’être efficace.

> Pouvez-vous nous parler de votre rencontre ? Vous venez tous les deux d’univers différents, donc comment vos routes se sont-elles croisées ?

Stéphane : Nous nous connaissons parce que Quentin jouait dans un groupe et que j’ai fait DJ. On se croisait…

Quentin : Nous avons fait quelques soirées en commun. L’élément déclencheur a été un après-midi a manger au restaurant. Nous nous sommes retrouvés dans une grande tablée et quand Chacha a appris que je faisais de la musique il m’a proposé d’aller chez moi pour faire un morceau. Et nous sommes allés faire un morceau qui s’appelle Aspirateur. C’était le premier du concert ! Ce n’est pas très compliqué. Nous avons aussi passé une bonne partie de notre temps à écouter de la musique, à partager des choses que nous ne connaissions pas… Et Chacha a un peu d’avance sur moi !

> Votre EP va sortir en vinyle via le label Figures Libres Records, une structure régionale basée dans le Loir-et-Cher. C’était important pour vous de vous entourer d’acteur·rices du territoire ?

Stéphane : Ce sont des personnes que nous connaissons et que nous apprécions.

Quentin : Oui, parce que c’est cool. La photo de la pochette a été prise par un ami, nous mettons les morceaux dans l’ordre que nous voulons, personne ne nous dit de faire notre publicité sur Instagram… Cela nous permet d’avoir une importante liberté dans nos actions et nos choix.

> Dans votre EP, un titre est dédié à Sophie Davant. Pourquoi Sophie Davant ?

Stéphane : Parce que c’est passionnant ! En fait, je regardais beaucoup Affaire Conclue (ndlr : une émission sur France 2) et un jour j’ai pensé qu’il devait y avoir des fans de Sophie Davant. Je suis allé sur un site où j’ai justement vu un homme fan et qui fait des arrêts sur image d’elle. C’était malaisant. Nous avions fait une chanson pour laquelle nous n’étions pas contents du texte. Et en réfléchissant je me suis dis que j’allais faire une chanson d’amour à Sophie Davant mais écrite selon la vision du fan.

Quentin : Un peu comme le morceau Stan d’Eminem.

Stéphane : Et si l’on croit que c’est moi qui pense cela, tant mieux… Cela fait deux ans que j’embête mon entourage avec Sophie Davant (rire).

Quentin : D’ailleurs, nous avons fait ce morceau pendant le vrai Covid dur. On ne se voyait pas. Nous échangions nos fichiers par Internet. Chacha n’était pas fier quand il m’a envoyé la version Sophie Davant, avec le texte modifié sur la mélodie de départ.

Stéphane : Je me disais qu’il n’allait jamais aimé… Mais j’étais content de ma connerie. L’idée des chansons, c’est d’écrire des histoires, de jouer des rôles, d’inventer une histoire où c’est un personnage qui incarne le texte. Comme ici, se faire passer pour un fan de Sophie Davant qui veut son bien et qui pourrait tuer pour elle.

> L’objectif de Chatain est donc plutôt de s’amuser mais pas vraiment de raconter votre vie, partager vos expériences ?

Quentin : C’est valable pour certains morceaux mais pas pour tous. Nous avons aussi des morceaux plus profonds. C’est très lié au moment où ils ont été écrits.

Stéphane : Sophie Davant c’est une blague.

Quentin : Ce n’est pas représentatif du projet. Nous n’avons pas envie de faire quelque chose de précis. Mais au moment où nous écrivons des chansons, soit nous sommes en train de rigoler, soit on discute de notre état d’esprit du moment et nous écrivons le texte. Pour le morceau plus dub, Centre-Ville, nous regardions la rue Bannier, la Place du Martroi à 23h un dimanche et ça a été rapide. L’idée est d’avoir un regard un peu sarcastique sur les émotions.

> On lit sur Chatain que c’est un projet qui parle d’amour, de ses joies, de ses douleurs… c’est vraiment ce que vous dites de votre duo ?

Stéphane : À une période, quand nous avons écouté les morceaux, on a trouvé que c’était une compilation de tristesse. Quand nous répétions nous nous disions qu’on faisait la gueule, j’essayais de faire monter des crises de larmes. Mais finalement c’était un peu extrême.

> Comment est-ce que vous travaillez tous les deux ? Vous écrivez et composez ensemble ? Et comment décidez-vous qu’un morceau est terminé ?

Stéphane : Oui nous travaillons ensemble, mais il y a aussi des chansons qu’il a fait tout seul et moi aussi. Généralement, nous avons poussé au bout, ensemble, toutes les chansons que nous avons écrites.

Quentin : Nous posons les bases ensemble ou alors Chacha arrive avec un morceau très avancé en version guitare-voix. Après nous travaillons tous les deux et je mets un gros coup de boost tout seul. Chacha me dit oui ou non et à partir des nombreuses pistes qui se dégagent de ce que j’ai poussé, parfois on fait demi-tour ou alors on va à fond dans un sens. Et parfois nous laissons de côté. Mais nous n’avons pas vraiment de méthodes.

Stéphane : Parfois j’arrive et Quentin à tout fait. Je n’ai plus qu’à enregistrer ma voix.

Quentin : C’est ce qui s’est passé pour le morceau PLS. J’avais tout préparé, mon couplet, sa plage pour son refrain. Il a écrit son refrain à la maison, il a enregistré et c’était fini. C’est plutôt cool et efficace quand ça se passe comme ça.

> Comment prévoyez-vous de faire vivre votre EP ? Vous pensez réaliser des clips par exemple ?

Quentin : Nous avons des idées mais pas d’argent. Quand des personnes sont partantes pour faire des projets avec nous, on fait. Sinon nous essayons de nous débrouiller un peu. Actuellement, il y a quelques personnes avec qui nous discutons de faire des choses. Mais ce n’est pas évident quand il n’y a pas vraiment de budget.

Stéphane : Nous avons produit et financé tout ce que nous avons fait.

Quentin : Nous avons été soutenus par l‘Astrolabe pour la partie répétitions. Mais la création des morceaux s’est faite dans une cuisine avec deux micros…

Stéphane : Nous avons aussi investi de l’argent dans une séance studio de deux jours.

> Jusqu’où vous aimeriez emmener le projet Chatain ?

Quentin : Jusqu’où les gens veulent bien le prendre.

Stéphane : Nous n’avons pas d’attente.

Quentin : Nous sommes légers.

Stéphane : Nous nous laissons porter. Nous proposons et nous voyons les retours.

Quentin : J’ai quand même le fantasme un peu secret de proposer à des muscien·nes de jouer les instrumentaux en vrai. Mais nous savons très bien que ce ne sera pas possible avant de remplir une salle. Pour le moment nous y allons tranquille, nous jouons avec l’ordinateur.

Stéphane : Après ça fera des coûts de plateau un peu plus élevés, attention… (rire).

> Du coup vous aimeriez vous entourer de musicien·nes sur scène ?

Quentin : Ça peut-être sympa ! Mais c’est une idée comme ça…

Stéphane : Si ça se justifie, on y va.

Quentin : Nous allons déjà faire d’autres morceaux.

Stéphane : Oui, parce que faire des chansons, c’est le nerfs de la guerre.

> Après votre passage à Hop Pop Hop, vous êtes programmés aux Rockomotives, à Vendôme, le 25 octobre 2021. Vous avez d’autres dates de programmer après celles-ci ?

Quentin : Non pas encore. Avis aux producteur·rices…

Stéphane : Non, c’est vraiment le début. L’EP vient de sortir.

Un grand merci à Quentin et Stéphane aka Chacha de s’être prêté au jeu de l’interview ! Chatain jouera le lundi 25 octobre à La Fabrique du Dr Faton, à Vendôme, à 20h00, dans le cadre des Rockomotives. Entrée libre.

Photos © Laure Clarenc