Hop Pop Hop 2021 : Rencontre avec Képa

À l’occasion du festival Hop Pop Hop, qui s’est déroulé à Orléans il y a quelques semaines, nous avons rencontré Képa, artiste dont la musique, qui balance entre la folk et le blues, nous fait voyager. Son nouvel album, Divine Morphine, est disponible depuis le 17 septembre 2021.

> Vous avez joué à Hop Pop Hop il y a quelques semaines. Est-ce que vous connaissiez déjà le festival, la ville, la Région ?

Képa : Je suis déjà venu une fois à Orléans mais je ne connais pas beaucoup la ville. Je suis venu pour jouer aux Nuits de l’Alligator, un festival de blues contemporain organisé par Stéphane Deschamps, un ancien journaliste des Inrocks. C’est la seule occasion que j’ai eu de venir à Orléans.

> Tu es actuellement en tournée, c’est la reprise pour toi après un an… Comment cette reprise se passe-t-elle ?

Képa : La reprise se passe super bien ! Pour moi le confinement a été un très bon film de David Lynch : très agréable à regarder mais horrible à vivre. Je l’ai assez mal vécu, mais je sais qu’il y a bien pire. Maintenant je comprends mieux les chômeurs de longue durée. Donc c’est un plaisir fou de reprendre.

> Ton deuxième album est sorti la veille de ton concert à Hop Pop Hop. Est-ce que cette pause forcée a été l’occasion pour toi de travailler sur cet album ?

Képa : Je travaillais déjà dessus avant mais il est sur que la situation a laissé une empreinte, comme pour beaucoup de musiciens. J’ai pu utiliser ces confins de la psychologie que nous avons tous un peu vécu et qui n’étaient pas forcément agréables. Je ne sais pas si c’était agréable de composer dans ces circonstances mais cela a été, d’une certaine manière, bénéfique, intéressant.

> Ton premier album est sorti en 2018. Le second est sorti il y a quelques semaines. As-tu travaillé différemment pour cette deuxième production ?

Képa : J’ai toujours la même recette de composition. Je compose tout en live, comme je joue sur scène. J’ai commencé à jouer de cette manière. Après, je me suis davantage penché sur la composition pure, les thèmes que j’aborde. C’est un deuxième album donc, comme tout deuxième album, c’est un peu plus compliqué. J’ai vraiment davantage travaillé, réfléchi. Je me suis vraiment inspiré de ce qui m’est proche, comme mon quartier, des expériences médicales, intimes, amoureuses, mon fils… plein de choses. Je ne suis pas allé chercher des choses qui m’étaient plus lointaines, des livres… Je me suis vraiment recentré. C’est aussi ce que m’a apporté le confinement. Un peu comme tout le monde. Pendant le confinement, nous avons découvert des endroits, des bouts de forêt où nous n’étions jamais allés, des gens que nous n’avions pas fréquenté… Je me suis servi de cela.

> Ce deuxième album a donc un dimension plus intime ?

Képa : Oui, il est en quelque sorte un peu plus intime.

> Tu as un style très inspiré de la country, très américain. D’où te vient cet attrait pour cet univers, ces styles de musique que sont le blues, la folk…

Képa : Je me suis souvent posé la question et je crois que je commence à avoir la réponse. Ma grand-mère a baigné, un peu par hasard, dans le jazz. Il se trouve que chez moi, à Bayonne, il y avait un grand festival de jazz qui s’appelait Jazz aux remparts et ma grand-mère y a vu tous les plus grands qui y sont passés. Elle faisait partie de l’organisation du festival. Mon père a hérité de cela. Chez moi, je n’ai jamais entendu de chanson française, de Jacques Brel, ça n’a jamais existé de toute ma vie. Je n’entendais que du jazz. Ce n’était même pas la question de savoir si j’aimais ou pas, c’était comme ça. Quand j’étais petit, je prenais la R5 avec ma grand-mère et dedans il y avait du jazz. Mon père écoutait du jazz tout le temps. Les amis de mon père, qui est batteur de jazz et de ma grand-mère, écoutaient du jazz. J’allais aussi à la plage avec ma grand-mère et du Early Jazz à fond dans la voiture. Ils ont toujours sacralisé tous ces musiciens américains. C’est comme cela que j’ai découvert et vécu la musique pendant toute mon enfance. Et j’ai l’impression que cela n’a ma jamais quitté. J’ai vraiment vu la musique à travers ces personnages sacrés, que ce soient des musiciens ou des gens de mon entourage. Tout cela m’est resté et je crois que ça m’a profondément inspiré.

> Aujourd’hui, tu continues de n’écouter que du jazz ?

Képa : Non j’écoute de tout. Et pour en revenir aux inspirations, je crois que je n’avais jamais vraiment pensé à cette question avant, parce que j’ai vraiment été touché par le blues, qui m’a transcendé. Je ne savais pas trop d’où cela venait. Mes amis n’écoutaient pas ça, ce n’est pas un style qui a le vent en poupe. Donc je me suis souvent posé cette question. Mais bien sur, aujourd’hui j’écoute des musiques contemporaines. Et je me nourris de toutes les musiques contemporaines et actuelles, justement pour faire la vivre la musique que j’ai choisi et qui s’appelle le blues. Et je ne suis pas intéressé par l’idée de refaire ce que tous ces personnages sacrés ont fait avant moi. Je ne me sens absolument pas légitime de le faire. Ils l’ont déjà fait et bien mieux que moi. Mais malgré tout, cette musique là m’est très chère donc j’essaye de trouver des chemins.

> Est-ce que tu trouves difficile de porter, d’assumer, ton style de musique aujourd’hui, quand on sait que les tendances vont plutôt vers la musique urbaine ?

Képa : Non, j’ai choisi ma voie. J’ai conscience de l’aspect désuet que peut avoir cette musique en ce moment. Mais c’est aussi une sorte de mission divine. Le fait que des gens se retrouvent à mes concerts un peu par hasard et qu’ils en repartent avec une autre vision est l’une des choses qui me fait le plus plaisir. Ils avaient une vision un peu erronée et ils se rendent compte qu’il y a un peu plus d’énergie. Moi je l’ai compris très tôt. Il fallait faire abstraction des enregistrements, de plein de choses, qui sont désuètes. Mais il y a vraiment une énergie incroyable.

> Avant tu étais skateur professionnel, comment es-tu venu à la musique ?

Képa : Je me suis abimé le dos. J’ai des séquelles encore aujourd’hui. Et, parallèlement, à ce moment-là, j’ai découvert tous ces musiciens. Avant je jouais un peu de guitare mais c’était évasif. Je me suis vraiment pris de passion pour ces personnages, ces artistes qui faisaient de la musique qui me paraissait incroyable, avec rien. Ça m’a absolument fasciné. À ce moment là je ne pouvais plus faire de skate alors je me suis plus que consolé avec la musique. Mais c’était vraiment personnel, je n’avais aucune ambition musicale. Je faisais toujours en sorte qu’il n’y ait personne qui m’écoute pour jouer. Et ça a changé ma vie. Puis un jour, un peu par hasard, je me suis retrouvé sur une scène et j’ai gagné facilement 300 euros et ça m’a fait réfléchir. Même si ce premier concert devait être absolument atroce, les gens avaient l’air de s’amuser. Mais ça a été un long cheminement, je ne suis pas un professionnel de la musique.

> Tu joues de la guitare mais aussi de plusieurs autres instruments ?

Képa : J’ai appris par la contrainte. Je jouais pour moi donc juste pour accentuer le plaisir, j’ai commencé à scinder ma main en deux pour avoir une rythmique, une mélodie, j’ai commencé à chantonner, j’ai rajouté un pied pour asseoir une rythmique, j’ai pris un harmonica pour avoir d’autres textures et de fil en aiguille, par plaisir, j’ai commencé à étoffer.

> Mais ton instrument de prédilection reste la guitare ?

Képa : Oui et précisément la guitare que je joue, qui est une guitare un peu spéciale, connue, mais qui est toujours un instrument de seconde zone. Il y a toujours un morceau dans l’album, ou pendant le concert, avec cette guitare. Pour moi c’est vraiment mon instrument principal. J’ai essayé plusieurs guitares mais c’est vraiment celle-là qui revient toujours entre mes mains.

> Tu as sorti un clip fin août, pour illustrer Eldorado, un titre en duo avec Sarah McCoy extrait de ton nouvel album. Peux-tu parler de la réalisation de ce clip ?

Képa : J’ai rencontré Sarah McCoy sur la route. J’ai ouvert plusieurs de ses concerts. Et à de ses concerts nous avons fini à 5h du matin, dans le hall de l’hôtel. Nous nous sommes super bien entendus. Un jour, pour cet album, j’ai fait Eldorado et c’est mon manager, Alex Boireau, qui m’a soufflé à l’oreille de proposer de chanter ce titre à Sarah. Je l’ai fait et elle a accepté tout de suite. Sarah est américaine et c’était son premier morceau en français. J’étais enchanté. Tout s’est passé pendant le confinement donc nous n’avons pas pu travailler ensemble. Nous avons travaillé par studios interposés. Mais j’étais content qu’elle accepte. Eldorado est tout simplement un morceau qui s’inspire de 2020. J’ai composé mon album chez moi. Je parle beaucoup de mon quartier et dans ce clip je mets en scène un personnage, un travailleur au départ, qui se rend dans sa zone industrielle, qui est chez moi. J’habite ce quartier. Et au bout d’un moment, il commence à péter un plomb et il se met à danser. Avec ce clip, je voulais traduire l’espoir. C’est vraiment le morceau de mon album qui traite de l’espoir. Il dit que l’Eldorado s’est un peu ternit, que le monde, les rêves sont en train de se ternir mais qu’il reste une lueur d’espoir. Guillaume Sajus, mon ingénieur du son, un mec absolument génial et très bon danseur, a bien voulu se prêter au jeu pour le clip. Nous avons fait ça en famille.

> Maintenant que ton album est sorti, tu es en tournée. Comment envisages-tu de faire vivre ton album ? Vas-tu réaliser d’autres clips ?

Képa : J’écris tous mes clips et je les réalise avec Jérémy Hugues, un ami vidéste de longue date. Nous avons vraiment une complicité qui nous permet de faire exactement ce que nous voulons et d’essayer de faire des choses un peu plus risquées, qui parfois ne marchent pas. Mais cela me donne une liberté et notamment une liberté en commun de pouvoir essayer des choses. Nous ne sommes pas bridés par du temps, des budgets. Nous avons tout notre temps, nous nous connaissons très bien. Et c’est comme ça que je vais faire vivre ma musique. J’ai plein de clips qui vont arrivre et que j’ai déjà filmé.

Un grand merci à Képa pour cet échange ! Après son passage à Hop Pop Hop puis aux Rockomotives de Vendôme samedi 23 octobre dernier, Képa continue sa tournée et sera au festival BEBOP au Mans, le 3 novembre prochain.

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