Printemps de Bourges 2021 : Rencontre avec Gargäntua

Duo à l’univers affirmé et singulier teinté de techno, de pop, de chanson… Gargäntua a accepté de se prêter au jeu de l’interview à l’occasion de son concert au Printemps de Bourges, organisé dans le cadre de sa sélection aux iNOUïS du Printemps de Bourges 2021. Rencontre avec J4N D4RK, au chant et GOD3FROY, qui s’occupe des machines.

> Vous avec participé aux iNOUïS du Printemps de Bourges il y a quelques jours. Comment avez-vous vécu l’expérience de vous produire pendant le Printemps de Bourges, l’un des festivals français les plus reconnus ?

J4N D4RK : Très bien. Nous étions très contents de nous remettre à faire des concerts et de présenter ce soir-là, trois nouveaux morceaux exclusifs. Ces trois morceaux se sont intercalés dans notre set de 30 minutes présenté au Printemps de Bourges.

> Avant votre prestation, connaissiez-vous les autres groupes avec lesquels vous partagiez l’affiche des iNOUïS ?

GOD3FROY : Oui, parce que notre sélection aux iNOUïS du Printemps de Bourges nous a valu le privilège d’une formation d’une semaine consacrée à différents sujets qui peuvent intéresser des artistes comme nous. C’était presque une colonie de vacances entre artistes. Nous étions tous ensemble et nous avons découvert les projets de tout le monde. C’était une super ambiance. Nous avons découvert des projets géniaux, des gens géniaux…

> Vous avez déjà sorti plusieurs productions, albums, EPs…

J4N D4RK : Nous avons fait quelques EPs au début du projet. Nous avons sorti J’ai faim, puis Héritage, qui est une sorte d’anthologie des anciens morceaux des trois premiers EPs, retravaillés et remasterisés. Puis il y a eu Faim du game. Là nous travaillons sur un prochain album, qui sera un véritable album, qui s’appellerait Immoral et illégal.

> Dont le dernier single sorti, La mort avec toi, est extrait ?

J4N D4RK : Exactement.

> Avez-vous une idée de la date de sortie de cet album ?

GOD3FROY : Pour l’instant nous travaillons dessus et il est peu probable qu’il sorte avant 2022.

> Nouvel album, sélection aux iNOUïS du Printemps de Bourges et donc concert à l’occasion du Printemps de Bourges, vous avez aussi joué à Hop Pop Hop l’an dernier… Avez-vous la sensation d’une accélération de votre carrière ?

J4N D4RK : Effectivement, on jouit d’une certaine accélération.

GOD3FROY : D’une accélération oui, parce que ce tout ne se passe jamais d’un seul coup. C’est un processus qui s’est construit sur toutes les années précédentes. Il y a des périodes très courtes où tout se déclenche d’un coup et qui est le résultat de beaucoup de choses qui prennent plusieurs années à se mettre en place. Par exemple, le live que nous avons présenté à Bourges représentait trois années de travail, si nous considérons les premiers travaux que nous avons fait dessus et qui ont été agencés, ré-agencés, re-modifiés. Ça se manifeste en ce moment, mais le changement, la montée, viennent comme une vague, de loin.

> On parle de votre style comme de la « techno-pop hybride ». Ne craignez-vous pas que ce soit réducteur ? Que vous soyez rangés dans une case alors qu’à l’écoute de vos morceaux et de vos lives, on s’aperçoit que vous proposez quelque chose de plus singulier et complexe ?

J4N D4RK : L’esprit humain a besoin de mettre des choses dans des cases pour les comprendre. Je n’en veux pas aux gens de nous mettre dans des cases. C’est comme ça qu’ils arrivent à comprendre l’incompréhensible. Nous savons que nous faisons ni de l’electro, ni de la chanson française et que nous faisons un mélange qui, pour l’instant, n’a pas de nom clair. Nous avons plusieurs dénominations : chanson-techno, chanson française post-industrielle… mais tous les termes ne paraissent pas refléter ce que nous faisons et on ne se pose pas la question d’une étiquette. Nous mettons au défi toutes les personnes qui parlent de nous, nous écoutent, de trouver un terme mieux que ceux que nous avons proposé jusqu’à présent.

GOD3FROY : C’est inévitable. Nous constatons également que les gens sont un peu embarrassés à essayer de définir ce que nous faisons. Et quelqu’un qui finit par dire, après avoir bégayé pendant 15 secondes, que c’est de l’electro-pop ou de la chanson-techno… invite déjà à l’écoute de par son hésitation. Quand les gens parlent de Gargäntua, cela s’entend que le projet n’est pas aussi simple que « electro-pop » ou ce que nous pourrions en dire.

J4N D4RK : Le mieux est d’écouter.

> Votre nouveau clip est sorti quelques jours avant votre concert au Printemps de Bourges. Pourriez-vous nous parler de sa réalisation ?

J4N D4RK : Nous avons travaillé en collaboration avec un ami que nous avons rencontré à Orléans et qui s’appelle Kassler. Nous avions également tourné le clip de Frite Belge avec lui et chez lui, en 2016. Il nous avait donné des coups de main. C’est devenu un super ami. En ce moment il vit à Berlin. J’ai vu ce qu’il avait fait pour un ami, pour qui il avait fait un clip avec de la semi-animation. J’ai trouvé le résultat très bien. Et je lui ai demandé si cela l’intéresser de travailler avec nous sur La mort avec toi. Nous lui avons envoyé le morceau, qui lui a plu. Et deux semaines après il nous a envoyé une version alors qu’il était censé nous l’envoyer en septembre. Nous avons fait quelques modifications et c’était bon. Tout est allé très vite. C’était un plaisir de travailler avec lui.

> Votre souhait premier était-il vraiment faire un clip en images d’animation ?

J4N D4RK : Oui complètement. Le morceau est assez subversif et violent donc nous tenions à ce que le clip soit en images animées et qu’il y ait un côté un peu enfantin, bon enfant.

GOD3FROY : Pour contraster. Puis Kassler fait énormément d’illustrations magnifiques, qui sont sur Instagram. Il fait tout à la souris. C’est également un détail à savoir sur le clip, qui a entièrement été fait à la souris, au trackpad. Il a été dessiné du bout des doigts. Aucune technique habituelle de l’animation n’a été utilisée. C’est une prouesse. Et c’est le premier clip de Kassler réalisé entièrement en images d’animation, de A à Z. À mon sens, pour un premier clip, c’est un chef d’œuvre.

> Vous parliez de propos subversifs. Est-ce que, quand vous écrivez un morceau, vous pensez à la réception de ce morceau, à l’impact que les paroles peuvent avoir ?

J4N D4RK : Oui nous y pensons. Il y a des choses que l’on ne se voit pas du tout dire. Mais ce côté violent ne se retrouve plus dans la musique actuellement. C’est quelque chose qu’il y avait un peu avant. Nous avons grandi avec des références qui avaient des discours parfois assez violents, compliqués, subversifs. Aujourd’hui nous ne retrouvons pas ce goût pour le risque, u, discours complexe. Il y a des choses pour lesquelles on se dit qu’on ne va pas aller sur ce terrain là et à d’autres moments, on se dit que ce serait bien de parler d’autres choses que ce qu’on entend maintenant dans la musique.

GOD3FROY : J’ai l’impression qu’aujourd’hui on attend des artistes qu’ils se fassent les portes-paroles de la morale. Même si la morale est ultra importante et que nous ne sommes pas contres l’idée de morale en tant que telle, à savoir celle qui nous constitue et nous fait fonctionner ensemble de manière aussi harmonieuse que possible, on se sent plus à notre place d’artistes en n’étant pas obligés de devoir être portes-paroles de cette morale. Quand nous chantons « j’aimerais partir avec toi et brûler des églises » , je pense que peu de gens ont envie de brûler des églises, y compris parmi ceux qui adorent cette chanson. Et l’entendre permet aussi de se positionner. Le rôle d’un artiste est également de prendre des positions qu’un politique ne pourrait pas assumer, pour qu’on puisse se placer par rapport à tout cela. Et en ce sens, nous nous sentons à notre place, en proposant toutes ces choses là qui ne vont pas forcément dans le sens de ce que nous défendrions en tant que morale. Mais nous ne sommes pas là pour défendre une morale.

> Vous ne craignez pas trop la censure ?

J4N D4RK : Notre but n’est pas de choquer pour choquer mais juste d’aborder des thèmes que nous n’entendons plus tellement dans la musique d’aujourd’hui. Nous voulons faire des propositions plus contrastées, rigolotes, inquiétantes, tragiques… provoquer des montagnes russes émotionnelles aux auditeurs.

> L’objectif, à la création de Gargäntua, était-il plutôt d’écrire des textes sur des sujets que nous n’entendons plus aujourd’hui dans la musique ou plutôt de faire danser, permettre un lâcher prise total ?

GOD3FROY : Les deux et jamais plus l’un que l’autre. C’est de la musique pour danser et penser.

> Pour en revenir à votre parcours, avant d’être iNOUÏs du Printemps de Bourges, vous avez également été lauréats du dispositif Propul’Son, proposé par la Fédération des acteurs Musiques Actuelles de la Région Centre-Val de Loire, où vous êtes basés. Que retirez-vous de cette expérience, quel bilan professionnel ?

J4N D4RK : Pour moi c’est de là que tout est reparti. Grâce à ces rencontres, à ces accompagnements, nous nous sommes remis à croire un peu plus au projet. Nous avons eu des moments moins denses que d’autres, pendant lesquels nous avons moins créé. Même si je pense qu’en tant qu’artistes nous avons toujours besoin de moments de pauses, de se ressourcer, de faire le plein, de réfléchir à la raison pour laquelle nous faisons tout ça. Mais notre sélection à Propul’Son nous a permis de réaliser que nous avions quand même une validation de la part des institutions. Donc c’est bien. Nous avons rencontré des personnes formidables qui croyaient au projet, qui l’ont défendu… Cela nous a apporté beaucoup de confiance et une envie d’aller encore plus loin.

GOD3FROY : Pour ma part ce n’est pas du tout la validation des institutions mais plutôt celle des personnes. Pour une fois, il y avait des personnes extérieures au projet qui s’impliquaient, qui croyaient en nous et qui étaient prêtes à mettre du temps, de leur énergie pour que tout cela fleurisse. Ce sont les gens que nous avons rencontré à Polysonik, à l’Astrolabe et plus récemment ceux d’Antre Peaux. Cela fait du bien de les connaitre.

J4N D4RK : Ce sont les deux en fait. Ce sont les rencontres… Je suis tout à fait d’accord avec GOD3FROY.

> Vous venez de rejoindre le catalague WART, booker d’Arnaud Rebotini, Irène Drésel, Jeanne Added, Kompromat, Naïve New Beaters, entre autres… Vous connaissiez déjà la structure avant de la rejoindre ? C’était un booker avec lequel vous espériez un jour travailler ?

J4N D4RK : Oui, nous l’avions rencontré pour l’un de nos premiers concerts. Peut-être le 4ème, avec Salut c’est cool, à La Vapeur à Dijon, puis au Cabaret Sauvage à Paris. C’étaient des dates supers chouettes ! Les premières grosses de Gargäntua. Donc effectivement, c’était un booker que nous espérions avoir un jour. Et maintenant nous l’avons, c’est trop cool ! Dès la rentrée, nous aurons plusieurs dates. Nous avons enfin la perspective de vivre de notre musique. Ce qui est quelque chose de fou. Nous avons débuté ce projet en 2015, nous avons commencé à faire de la musique ensemble il y a 10 ans et maintenant, de pouvoir en vivre, c’est vraiment génial.

GOD3FROY : C’est agréable de pouvoir aussi se reposer sur des personnes qui savent ce qu’elles font, dont c’est le métier. J’ai l’impression qu’il existe peu de groupes qui amènent leur projet aussi loin que ce que nous l’avons fait, sans aucun accompagnement. Je pense que la plupart du temps, les groupes sont accompagnés plus tôt. Et cela a demandé à toute l’équipe un temps et une énergie colossales. Nous sommes accompagnés de Flo au son, Léo à la lumière, Alex à la vidéo, Marie-Ange aux costumes et aux maquillages… Ce sont des personnes qui ont mis des centaines d’heures sur Gargäntua. C’est le bonheur de pouvoir déléguer le booking de Gargäntua à des gens qui font ça bien, comme Joran et Audrey de Wart.

> Si nous récapitulons : un nouveau clip vient de sortir, vous avez joué au Printemps de Bourges dans le cadre des iNOUïS, vous sortez un nouvel album l’année prochaine. Le reste de l’année sera-t-elle consacrée au live ?

J4N D4RK : Exactement. Puis nous tournerons d’autres clips. Nous allons continuer à faire des morceaux et finir ceux que nous n’avons pas encore fini.

Un grand merci à Gargäntua pour cet échange particulièrement riche !

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