Rencontre avec Theodora, quelques jours avant la sortie de son premier album

Nous l’attendions avec impatience, le premier album de Theodora sortira ce vendredi 26 mars 2021. Il y a trois semaines, l’artiste a dévoilé un premier extrait, illustré par un très beau clip animé, annonçant la couleur d’un bel album à venir. Elle s’apprête à livrer un second clip réalisé en stop motion, une seconde très belle réalisation que nous avons hâte de partager. Dans le cadre de la sortie de son album Too much for one heart, Theodora a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions.

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   > Bonjour Theodora, tu t’apprêtes à sortir un nouveau clip et ton premier album solo. Comment te sens-tu ?

Je me sens bien vis à vis de la musique. Je suis contente de ce que je vais proposer, qui a été mûrement réfléchi. Cela fait un bon moment que je travaille dessus. Et l’année supplémentaire que j’ai eu à cause du Covid a permis de mieux préparer la sortie de l’album, de créer du contenu, de travailler avec SUPERFEAT, l’illustratrice qui a réalisé le premier clip et la pochette de l’album et de re-travailler avec Tomas Palombi, qui a réalisé le dernier clip, Vagues dans la mer. Donc de ce point de vue là je suis contente. Mais ce contexte qui s’allonge n’est pas évident malgré tout, nous n’en voyons pas le bout pour l’instant donc c’est un peu ambivalent.

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   > J’imagine que tu ressens une certaine frustration de sortir ton premier album sans savoir quand tu pourras le jouer sur scène ?

Oui, c’est vraiment spécial, c’est complètement inédit dans l’histoire. Mais en même temps, je fais partie de la communauté « frustrée » (rires), ça permet d’alléger cette frustration.

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   > D’après les images que tu partages sur les réseaux sociaux, ton nouveau clip semble être une vidéo réalisée avec des images d’animation, comme ton précédent clip For One Heart. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce nouveau clip ?

C’est un clip en stop motion. Nous avons acheté sur Internet des Barbies made to move, c’est à dire qu’elles sont pleines d’articulations, et les deux décorateurs-costumiers-génies qui se sont occupés des poupées les ont complètement re-pimpées, démaquillées à l’acétone, ils ont refait des coiffures. Nous avons fait des recherches parce que la vidéo se passe dans deux époques, dans les années 50 et les années 70. Nous avions envie de nous amuser avec des poupées, de les mettre dans une fiction qui les dépassent un peu, qu’il n’y ait pas qu’une histoire classique de poupées.

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   > Ton précédent clip était également une vidéo animée. Pourquoi ce double choix de l’animation ? Envisages-tu de continuer à faire de l’animation pour tes prochains clips ?

Nous avions commencé à préparer ces projets de clips au moment où il était encore difficile de savoir si nous pouvions vraiment tourner des vidéos. Cela fait plusieurs mois que je travaille sur ces projets. Et cela m’a pas mal libérée. L’animation permet de raconter des choses sans forcément montrer son visage à tout prix, de s’incarner soi et de dépasser ce qu’on fait habituellement en termes de narration. Dans ce dernier clip, je me reconnais dans les poupées Barbies, dans cette histoire et je suis très contente de ne pas apparaître dedans puisque je trouve que cela habille encore mieux la chanson. Pour la suite je ne sais pas, on verra. Mais en tous cas j’ai trouvé cette expérience vraiment chouette.

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   > Ton premier album parle de sentiments qui débordent, de trop-plein d’émotions. Ce disque est-il un moyen pour toi d’exprimer des sentiments personnels, de libérer des émotions trop fortes ?

Je pense que oui. Chaque chanson est une facette de ce débordement. Et en même temps, c’est le moyen de canaliser ces émotions, d’en faire des chansons. Et chaque chanson est marquée dans le temps par une histoire particulière. Il est très rare que j’écrive quelque chose qui ne soit pas inspiré de fait réel ou d’histoire réelle, de quelque chose de très fort. Je pense que ce n’est pas rien de faire une chanson, ce n’est jamais anodin. Et là, en plus, ce sont des chansons qui s’étalent. Les plus anciennes datent d’il y a six ou sept ans, c’est à dire du début du projet et les plus récentes, d’il y a un an et demi-deux ans, à savoir la fin de la création de l’album. Cela fait pratiquement une décennie.

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   > Tu as sorti ton premier single solo en 2015, et tu sors ton premier album solo en 2021, soit presque six ans plus tard. Pourquoi avoir laissé autant de temps entre ces deux sorties ?

Ce n’était pas évident de trouver le bon équilibre entre faire ma musique et jouer de la basse pour d’autres, parce que je n’ai jamais arrêté de le faire. J’ai accompagné certains projets en tournée, comme Barbagallo ou SAGE… J’ai aussi participé à d’autres projets. Le fait de penser à me consacrer vraiment sur mon propre projet est assez récent. Peut-être que l’album aurait pu sortir plus tôt et cela dit, il devait sortir il y a un an. Mais je ne regrette pas du tout parce que j’ai appris tellement de choses. Ma manière de travailler, de produire, de composer évolue aussi avec le temps. J’ai de moins en moins peur du temps qui passe. Aujourd’hui nous sommes dans le règle de l’immédiateté mais nous sommes obligés de nous remettre en question, notamment à cause de cette paralysie globale. Et je crois que ce n’est pas plus mal.

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   > Peux-tu nous parler de l’enregistrement de ton premier album ? Quand as-tu commencé à travailler dessus ? Est-il auto-produit ?

Il ne s’est pas fait en deux semaines mises bout à bout. J’ai commencé à travailler sur des maquettes après la parution de mon deuxième EP, qui s’appelle Obsession, en 2017. Puis j’ai reçu un mail de SAGE (Ambroise Willaume), qui m’a dit qu’il aimait vraiment les chansons d’Obsession et il me proposait qu’on se voit. Donc nous nous sommes vus et plutôt que de parler trop, nous avons tout de suite essayé des choses. Je me suis rendue compte qu’il avait énormément d’idées, de réactivité. Il était hyper sympa, tout était possible. Nous nous sommes vus pendant deux ans entre son studio et le mien et selon son planning qui était quand même chargé, le mien aussi quand je partais. Puis finalement nous avons construit cet album par couche, que nous avons enlevé, remis et cela donne un résultat qui n’est pas immédiat, très travaillé, très mûri. Normalement ce n’est pas possible de travailler de cette façon. Cela a pu se faire parce qu’il est devenu un ami et que nous aimons bien travailler de cette façon, puis aussi parce que je suis libre pour le moment et que je compte bien le rester. C’est moi qui produit la musique, qui décide des choses. Je suis entourée de deux éditeurs-managers géniaux, qui m’aident à développer le projet et à le sortir. Mais je suis quand même maîtresse de décisions, je ne suis pas affiliée à un label. Le calendrier n’était pas défini et c’est ce qui m’a permis de prendre le temps de faire ce que je voulais. Peut-être que le prochain album sera plus rapide.

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   > Dans ce premier album à paraître très bientôt, tu chantes à la fois en français et en anglais. Pourquoi avoir choisi de mélanger ces deux langues ? Penses-tu que la manière d’exprimer des émotions est différente selon la langue ? Et travailles-tu tes morceaux de la même façon selon la langue ?

J’aime ces deux langues mais il est vrai que depuis le début, bizarrement, c’est l’anglais qui me vient facilement, surtout pour mettre des mots sur des mélodies et effectivement donner du sens à ce que j’ai envie de raconter. Mais j’aime beaucoup la chanson française et la langue française, donc j’ai voulu et eu envie d’essayer et je ne m’interdis pas de le faire. Finalement il y a peu de français dans l’album. Il y a Vagues dans la mer, le single qui va sortir et qui ne ressemble même pas à ce que je fais normalement en français. Souvent, en français, j’aime bien quand c’est assez laconique, c’est ma manière de l’aborder. Alors que Vagues dans la mer est une chanson avec un texte un peu plus long qui raconte vraiment une histoire. Ce n’est pas uniquement des idées, des haïkus, comme dirait Ambroise quand il parle de mes textes. Je crois qu’il ne faut se fermer à rien. J’ai vraiment envie d’essayer tellement d’autres choses encore. C’est une sorte d’ouverture, une fenêtre sur autre chose.

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   > Tout à l’heure tu parlais de tes projets annexes et de ceux pour lesquels tu œuvres en tant que bassiste. Tu as notamment fait partie du groupe Theodore, Paul et Gabriel. Qu’est-ce qui a motivé ton envie de sortir un album en solo, pour lequel tu n’es pas uniquement musicienne mais aussi chanteuse ?

Je crois que c’était irrépressible, je n’avais jamais ressenti une telle urgence. Quand nous étions en tournée ensemble avec Theodore, Paul et Gabriel, après la sortie de notre premier album, nous étions beaucoup en camion et j’ai énormément écouté de musique, de nouvelles choses. Cela m’emmenait dans un endroit qui me faisait rêver et j’avais envie d’essayer. Je n’avais jamais autant eu envie de prendre mes mains et mon cerveau et d’essayer des choses. Je n’avais pas les moyens de le faire parce que je ne faisais que de la basse et un peu de guitare, donc j’ai essayé de me mettre au synthé. J’ai eu une sorte d’appel et ça m’a permis de m’y retrouver, de redonner du sens à ma vie en général.

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   > Tu dis que tu as beaucoup écouté de musiques pendant ces périodes-là. Aujourd’hui quand on écoute ta musique, on entend de l’electro élégante, qui donne envie de se lâcher. Qu’est-ce qui t’inspire ? Quelle musique écoutes-tu ?

Ce qui m’inspire, ce sont des émotions très fortes que j’essaye de retranscrire, des choses que je vis ou que je vois. Ce sont aussi des paysages, des voyages, parfois ce n’est pas grand chose. Je pense que tout peut être inspirant. En tout cas il y a une inspiration assez visuelle parce que j’aime beaucoup le cinéma. J’imagine que c’est comme une synesthésie, il y a les sons et les couleurs… Ce n’est pas très définissable mais ce qui est sûr c’est qu’il y a du visuel en lien avec mon amour du cinéma et à mon envie de créer des paysages musicaux. J’ai toujours envie que ce soit libérateur, parce que je crois que, comme le dit un morceau des Smiths, certaines chansons peuvent te sauver la vie.  Et je crois vraiment à ce propos. Sinon en ce moment, j’écoute beaucoup de soft rock. Par exemple, dans mes titres « en boucle », il y a C Duncan, un auteur-compositeur-interprète écossais, qui a sorti un super album en 2014. C’est Ambroise qui me l’a fait découvrir. Sinon j’adore Kurt Vile, j’écoute Portishead, Mark Knopfler, John Grant, et Marika Hackman… des projets où il y a vraiment des guitares, des belles voix. Ce n’est pas tout à fait de l’electro (rires). J’ai également découvert Jimmy Hunt, un artiste québécois qui fait de la pop. Je n’arrête pas d’écouter son album Maladie d’amour.

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   > Ton album va sortir en format digital mais aussi en vinyle uniquement. C’était important pour toi de sortir un vinyle de ce premier album ? As-tu un attachement particulier à l’objet ?

Bien sûr. Mon album ne va pas sortir en format CD digipack mais je trouve qu’avoir un objet représente une étape et le choix s’est porté sur le vinyle parce que le visuel me plaît beaucoup. Un vinyle véhicule aussi tout un univers que j’apprécie beaucoup. Je trouvais plus intéressant de le presser en vinyle que d’avoir des CD. Il ne sortira pas dans les bacs, le vinyle est vraiment spécial, c’est vraiment pour ceux qui aiment bien ce que je fais. J’apprécie l’idée que les gens aient cet objet chez eux, je trouve que c’est important.

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   > Tu parles du visuel qui te plaît beaucoup. Justement, on note une certaine différence entre les premiers visuels de 2015, plutôt en noir et blanc, alors que celui qui accompagne cet album est plutôt coloré, lumineux… Est-ce lié à un changement d’état d’esprit ou au hasard des rencontres avec une illustratrice dont le travail t’a plu ?

C’est un mélange de choses. Quand j’ai commencé mon projet solo j’ai davantage voulu dévoiler mon visage un peu dark effectivement, qui est indéniable. Mais j’ai aussi plus de couleurs dans ma vie, dans ma tête et c’est que nous avons voulu mettre en avant avec SUPERFEAT. Nous avons beaucoup échangé et nous nous sommes rendues compte que ce qui me caractérisait était une imprégnation de toute une période psyché. Les années 70, ses films, le courant de graphisme japonais… Tout cela me parle énormément. Je préfère voir ça et me dire que c’est sortir une projection colorée de soi, plutôt que de montrer ce que nous possédons de plus sombre. Et pour moi, ce cœur qui déborde est comme une fête foraine. C’est un déluge et je veux qu’il soit coloré plutôt qu’en nuances de gris.

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   > Est-ce tout cela te donne une idée de scénographie ? Penses-tu pouvoir transposer ce débordement festif, coloré… sur scène ?

Je vais y réfléchir sérieusement. Avant, je travaillais en live avec la batteuse Zoé Hochberg, qui joue notamment avec Hyphen Hyphen ou Moodoïd actuellement. C’est une amie très proche. Mais quand elle a eu d’autres projets je n’ai pas eu envie de la remplacer donc j’ai décidé d’être seule sur scène. Mais c’est parfois dure d’être seule, alors je pense que la scénographie peut beaucoup aider. J’en discute en ce moment avec une scénographe. Je ne sais pas encore à quoi ça va ressembler mais j’y réfléchis.

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   > Qu’envisages-tu de créer, de mettre en place, par la suite, pour faire vivre cet album ? As-tu quelques dates de concerts de prévus dans l’année, malgré l’arrêt du live qui perdure actuellement ?

Le 8 juin, si la date est maintenue, je suis censée jouer à FGO Barbara, à Paris, avec Peur Bleue, un groupe qui a également sorti un album il y a quelques mois. Ce serait bien pour présenter les chansons. Et peut-être cet automne, faire une release party de l’album, en décalé, avec une série de remixes. Puis j’ai aussi adoré l’expérience des deux clips donc j’aimerais bien travailler sur autre chose. C’est possible.

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Un grand merci à Theodora d’avoir accepté de répondre à nos questions et merci à Alexandra d’avoir organisé cette interview.

www.facebook.com/theodoraproject

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