Rendez-vous avec LaFrange

Dans moins d’un jour, LaFrange sortira son deuxième EP Everything’s Fine. À cette occasion, nous avons rencontré la jeune artiste afin de d’échanger sur son parcours, ses projets, ses inspirations… Retour sur une rencontre pleine de douceur, avec une artiste pleine de talent.

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   > Tu sors ton second EP ce vendredi 22 janvier. Peux-tu nous parler de ton parcours, de ton premier EP ?

J’ai commencé à penser mon projet en 2017 et je l’ai concrétisé en 2018 avec la sortie de mon premier EP. C’était un EP assez produit. J’ai eu la chance de rencontrer deux camarades qui s’entrainaient à réaliser de la musique et qui ont pris mon projet sous leurs ailes. C’était un essai pour nous trois. C’était un EP de compositions assez folk, qui parlaient beaucoup d’amour et de rupture, comme une longue lettre d’amour et de désamour. Je l’avais appelé Save the date, en référence à un petit carnet que j’avais acheté, qui ressemblait à un faire-part de mariage. J’ai sorti cet EP en septembre 2018 puis j’ai sorti deux singles dont un que j’avais appelé NoShame, que j’ai sorti un an plus tard. Je n’étais pas trop pressée. Le second je l’ai sorti en mai 2020, il s’appelait My Heart is Turning Blue. Ces deux singles étaient très pop et toujours assez produits. Mais je m’étais un peu éloignée de ce que je voulais faire, notamment avec ce dernier single. Puis le confinement a été une manière de revenir à mes sources, d’être seule et de composer avec les moyens du bord. Et je me suis rendue compte que j’étais potentiellement capable de m’en sortir seule. J’ai commencé à penser la composition de ce second EP pendant le premier confinement et j’ai décidé d’en faire un projet à part entière à partir de septembre. En parallèle, j’ai été chef de projet dans un label de musique, pendant un an, après avoir été diplômée d’un master en production musicale. Dans tous les cas, j’avais envie de travailler dans la musique. Et finalement j’ai eu envie de me consacrer à mon projet pendant quelques temps et de lui donner une chance d’exister.

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   > Comment te sens-tu à l’approche de la sortie de ce deuxième EP ?

Je suis un peu stressée parce que je ne sais pas du tout à quoi m’attendre. C’est un EP un peu plus personnel que le précédent, même si je suis toujours attachée à parler de ce que je connais, celui-ci retrace des histoires et des ressentis particuliers. Cet EP est également moins produit que le premier, c’est beaucoup de guitare-voix, donc j’ai aussi la sensation de me mettre un peu à nu. Je me sens vulnérable et en même temps je suis hyper contente d’assumer cette vulnérabilité.

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   > Est-ce que le fait de sortir cet EP pendant une période délicate pour la musique amplifie ton angoisse ?

Pas forcément parce qu’au stade où j’en suis, je n’ai pas en projet de faire de grosses tournées par exemple, en comparaison avec de plus grands artistes qui ont surement des enjeux plus importants liés à la sortie de leurs albums. Même si, avant la crise, je faisais des concerts à droite à gauche, je n’aurais pas eu de sortie « comme les autres ». Je pense que c’est une période compliquée mais que c’est également une période où nous avons envie, plus que jamais, de « consommer » de la culture. Peut-être que les gens pourront être plus attentifs à l’écoute de nouveaux projets. En tout cas je l’espère.

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   > Ton second EP est composé de six morceaux et parmi ces six titres, il y a notamment Stockholm, que tu as déjà mis en ligne. Tu as expliqué avoir composé ce titre à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui, un peu plus de 10 après la composition de ce morceau, quel regard portes-tu sur ton passé ?

Cette chanson a en effet plus de dix ans. Je n’ai pas choisi la date de sortie de ce nouvel EP au hasard, je fête mes 26 ans ce week-end. J’aimais bien l’idée de sortir un projet au moment d’un passage à l’âge adulte et notamment un projet avec des chansons qui datent de l’adolescence, qui retracent mon enfance. Stockholm est la première chanson que j’ai assumé quand je l’ai écrite, à l’âge de 15 ans. C’est la première pour laquelle je me suis dit « c’est une bonne chanson ». À l’époque je faisais des concerts dans des petits bars et j’étais contente de jouer cette chanson. Mais en grandissant j’ai arrêté d’aimer ce titre, parce qu’il ne me ressemblait plus. Je n’avais pas forcément un très bon niveau d’anglais…j’avais fait avec les moyens du bord. Puis j’ai rejoué cette chanson à l’occasion d’un livestream pendant le premier confinement. Je l’avais ré-arrangée avec d’autres accords et j’ai eu de bons retours de copains qui ne connaissaient pas cette chanson. Finalement, quand j’étais plus jeune, j’étais déjà passionnée par la musique mais je n’osais pas l’assumer parce que dans le cursus scolaire, on est moqué quand on dit qu’on veut devenir chanteur ou musicien. Par conséquent j’enregistrais ces chansons en « secret ». Je pense qu’aujourd’hui, je suis sensiblement la même personne mais de manière plus assumée et plus modérée. J’ai plus de recul.

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   > Tu as un univers très doux, très poétique, tu parles beaucoup d’amour. Quels sont les artistes que tu écoutes le plus et qui peuvent t’inspirer dans ta musique ?

J’écoute beaucoup une chanteuse australienne qui s’appelle Julia Jacklin. Il y a toute une nouvelle vague de chanteuses pop-rock, en guitare-voix, qui ont un univers bien à elles. J’adore également l’univers de Stella Donnelly, que j’avais découvert en guitare-voix lors d’un concert. Elle avait vraiment réussi à occuper l’espace. Dans la musique qui a été importante pour moi il y a aussi les disques que mon père écoutaient quand j’étais plus jeune, comme Garbage, que j’aimais beaucoup. Il y a aussi beaucoup de folk, comme Big Thief, un groupe américain avec une chanteuse qui s’appelle Adrianne Lenker. Elle a fait beaucoup d’albums en guitare-voix. Et je suis une fan de la première heure d’Angus & Julia Stone. À chaque fois qu’ils passent en concert, j’y vais, à chaque fois qu’ils sortent un album je le trouve toujours mieux que les précédents. Ils ont vraiment été une grosse inspiration depuis le début. Mais j’essaye de m’en détacher.

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   > Est-ce que tu réfléchis déjà à la possibilité de sortir un plus long format ? Un premier album ?

Pour l’instant je ne pense pas, je n’ai pas du tout réfléchi à la suite. J’aimais bien l’idée de sortir un EP car je trouvais que c’était cool de raconter une histoire. J’aimerais bien avoir une idée de « concept » pour sortir un plus long format. Je vois les choses en grand parce qu’il faudrait du financement et une belle équipe mais j’aimerais bien accompagner le disque avec un long film ou des clips qui se suivent… J’aime bien l’idée que ça puisse raconter une histoire de A à Z et que chaque chanson soit indissociable. Et pour l’instant je n’ai pas ce concept. Peut-être que je sortirai un EP de chambre, si nous sommes re-confinés, pour la 18ème fois (rires).

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   > Tu parles de clip, d’image… Est-ce important pour toi ?

Si je m’écoutais je ferais un clip pour chacune des chansons. D’ailleurs ce n’est pas dit que je ne le fasse pas, à voir… (rires). Je trouve que c’est hyper important d’imager la musique. Quand je regarde un film que je ne trouve pas forcément excellent, je suis capable de l’aimer juste parce que j’adore la BO. Je travaille actuellement sur le prochain clip d’une des chansons de l’EP et je suis dans le pôle réalisation pour la première fois. C’est une co-réalisation car je n’ai pas les connaissances techniques mais j’ai travaillé le scénario et je le réalise avec deux amis. Je suis très contente de pouvoir imager des morceaux de mon EP. Puis je trouve que la musique est pleine d’images. Quand on écoute une musique sans forcément écouter les paroles on peut imaginer plein de choses, se faire des films dans sa tête.

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   > Tu parles d’un prochain clip. Peux-tu nous dire quand est-ce qu’il sortira ?

Nous terminons de le tourner cette semaine, en espérant qu’il ne pleuve pas toute la journée parce que nous filmons en extérieur. Le temps de le monter, il devrait sortir mi ou fin février.

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   > Est-ce que tu ressens une certaine frustration à l’idée de ne pas pouvoir jouer ton nouvel EP sur scène à cause de la pandémie ?

Oui ! Mais je suis en train de préparer un petit livestream pour défendre l’EP, avec un musicien. Rien de dingue mais en répétant nous nous disions justement que nous étions super frustrés de ne pas pouvoir faire sonner ces titres en vrai et que ça commençait vraiment à nous manquer. Et je suis également frustrée de ne pas aller voir des concerts. Et au final, je pense que c’est ce qui me dérange peut-être le plus !

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   > Pour Noël tu as sorti un titre inédit, qui ne fait pas partie de l’EP qui va sortir. C’était un one-shot cadeau de Noël ?

Exactement. Je trouvais sympa l’idée de faire une chanson d’amour triste pour Noël, comme c’était une période particulière pendant laquelle tous les proches n’ont pas pu se réunir. C’était en effet un one-shot mais peut-être que je la sortirai plus tard, dans un trois titres. Je ne me vois pas la sortir de manière très officielle car elle est à re-travailler. Mais j’étais contente de la sortir, ça m’a stimulée.

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   > Ton nouvel EP va sortir au format numérique le 22 janvier. Aurais-tu aimé pouvoir sortir un CD, ou un vinyle ?

Oui j’aurais bien voulu et j’aurais même aimé le sortir en cassette ! J’ai eu un lecteur cassette pendant tellement longtemps ! Quand j’étais petite j’enregistrais plein de chansons sur des cassettes, que j’ai encore. J’aurais adoré boucler la boucle en sortant cet EP en cassette car l’EP retrace un peu l’enfance… Mais juste pour l’objet parce que je sais que personne n’écoute de cassette et que ça se défait vite !

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   > Tu sors cet EP de manière totalement indépendante. Aimerais-tu éventuellement signer avec un label pour le futur ?

J’adore l’idée de l’indépendance. En ayant travaillé comme chef de projet dans un label et en ayant fait des études dans ce même domaine, j’ai l’impression de m’exercer sur moi-même. Mais je pense que signer dans un label serait extrêmement bénéfique pour mon projet. Ce sont des opportunités que je n’ai pas et j’ai mes limites. Même si c’est cool de toucher à tout, c’est aussi chouette d’avoir du recul par rapport à tout ça. Parce que je manque justement de recul et de moyens. J’économise beaucoup pour ce projet et l’accès à des professionnels ou à des réalisateurs, dépend parfois de la signature en label. Donc idéalement ce serait chouette de signer en label.

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Un grand merci à Zoé pour cet échange très intéressant autour de son projet musical ! Son second EP Everything’s Fine sera disponible sur les plateformes en ligne ce vendredi 22 janvier.

www.facebook.com/lafrangeinsoumise
Photo © Tina Rozen

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