Well Dressed Exile : Second Humming – Le premier album de Mô’ Ti Tëi

Mô’ Ti Tëi nous livre son premier album solo après une carrière fournie comme chanteur / guitariste au sein de groupes. Il se dégage de cet album folk rock puissant teinté de blues la sensation que nous avons affaire à un travail de longue haleine, réfléchi, passionné, à la fois fougueux et délicat.

Ce 8 titres s’ouvre par le magistral et percutant Leopard’s Roam, donnant un aperçu des prouesses vocales impressionnantes de Mô’ Ti Tëi, qui ne sont pas sans rappeler un certain Jeff Buckley. Quelle voix et quelle conviction ! Si l’orchestration est simple, dans la tradition inhérente au style, les arrangements subtils servent la musique à merveille, comme l’utilisation de derbouka sur Distant Madness, ou l’ajout d’accords de guitare électrique brillants et sombres à la fois sur Falling Down (illustrant d’ailleurs parfaitement l’aspect oxymorique de l’album). Et que dire du travail sur les chœurs, splendides d’un bout à l’autre de l’album !

Les structures des chansons sont également pleines de rebondissements et de surprises, et ce toujours de façon subtile. Distant Madness en est une illustration, avec son intro trompeuse qui brouille les pistes avant que la chanson ne prenne une tournure poignante dès l’arrivée de la voix. Le beat façon stomp box avec cette note de basse entêtante à l’unisson sonnent comme un mantra. Mô’Ti Tëi a une réelle maîtrise de la dynamique, tantôt douce tantôt rageuse, changeant de registre avec une facilité déconcertante, parfois d’une syllabe à l’autre. C’est fou comme il est capable de nous tenir en haleine, littéralement suspendus à ses lèvres comme, par exemple, sur le dépouillé Dying in Boredom ou avec des mélodies captivantes ; mention particulière pour Falling Down. Si le chanteur est impressionnant, le très bon guitariste qu’est Mô’Ti Tëi n’est pas en reste tant les belles parties de guitare sont le fil conducteur de cet album. Riffs acoustiques délicatement rageurs, fingerpicking (Gently Kissing)… tout y est.

Le puissant et haletant A Brand New Start agit comme une sorte de point culminant. Tribal, direct, il n’en contient pas moins quelques notes celtiques qui y apportent une originalité remarquable. Le souffle presque court, on arrive au dernier titre, le magnifiquement délicat Travel Through Ecuador – parfaite conclusion de cet album. Assez différent des autres dans le tempo et le registre, il dégage une atmosphère apaisante, encore plus acoustique que les autres chansons.

Il faut aussi mentionner la production sobre et efficace, qui donnent à cet album tout le cachet qu’il mérite.

D’aucuns diront peut-être qu’il est difficile d’innover dans cette esthétique folk rock. Ce n’est pourtant absolument pas l’impression qui se dégage ici, bien au contraire, tant l’adéquation entre le décor et le propos est parfaite. Mô’ Ti Tëi nous gratifie d’un premier album de haute volée qui devrait le porter loin. Il ravira non seulement les amateurs de folk rock mais il touchera également, sans aucun doute, une audience bien plus large.

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Photo © Anne Marzelière